Entrevue Sébastien SÉMERIL

ROUGE Mémoire a rencontré Sébastien SÉMERIL, adjoint au Maire de Rennes en charge des Sports le mardi 17 janvier 2012 à l'Hôtel de Ville. Ce Rennais de naissance est un fervent supporter du Stade Rennais FC depuis son plus jeune âge. En cette période de voeux, il s'est livré à une entrevue passionnée et passionnante mêlée de connaissances pointues du monde du ballon rond et d'une compétence sans failles dans son domaine d'activité. Vous allez le voir, lorsque Sébastien SÉMERIL parle des Rouge et Noir, il devient rapidement inarrêtable.



Sébastien Sémeril, tout d'abord merci de recevoir ROUGE Mémoire à l'Hôtel de Ville pour parler Stade Rennais Football Club. Commençons par le passé ! Comment votre histoire a débuté avec les Rouge et Noir ?

Il y a très longtemps, j’y suis allé tout petit avec mon oncle. J’ai cette chance d’avoir fait toutes les tribunes du Stade de la route de Lorient puisque j’ai commencé dans les tribunes virages avec ma famille quand j’étais "bambino" puis je suis allé ensuite avec le kop quand j’étais étudiant. Ensuite les tribunes populaires et depuis 2008, j’ai la chance de pouvoir être en présidentielle. C’est une chance d’avoir vécu toutes les ambiances dans le stade car toutes les places sont intéressantes. On vit le match de manière différente en fonction de la place qu’on occupe. En présidentielle, les places sont sans doute les meilleures mais l’ambiance est moins forte que dans le kop.

Quel est le premier match auquel vous avez assisté ?

Quand j’étais môme, je ne me rappelle pas vraiment des matchs. On a une vision très courte du Stade Rennais, on entend des gens pester parce que le club n’est que 5ème. J’ai en mémoire, il y a quelques années, un Stade Rennais qui luttait jusqu’au dernier match pour se maintenir. Ce n’est pas si vieux que cela. Il faut mesurer le chemin parcouru et pas considérer que cette 5ème place est insuffisante. On a la chance d’avoir une équipe qui se maintient pratiquement de manière certaine à chaque saison. Aujourd’hui, il n’y a pas de papiers qui ouvrent la saison en disant "est-ce que le Stade Rennais va se maintenir cette année ?" mais ils placent plutôt le club parmi les outsiders pour remporter le championnat. Il faut mesurer ces éléments là pour apprécier pleinement là où on est ! Une ambition sportive ne se décrète pas, elle se construit. L’argent et l’ambition ne suffisent pas. Il faut travailler, organiser, structurer, se développer. Lorsque ces ambitions sont basées sur la jeunesse et la formation, je trouve que ce sont des bonnes valeurs qui permettent de faire émerger de jeunes talents. Quand on est supporter, il faut mesurer la chance que l’on a d’avoir vu éclore dans notre club des Yoann Gourcuff ou Yann M’Vila qui sont passés par le centre de formation et qui ont atteint un niveau international. C’est la fierté d’un club et d’une région !

Quels sont les matchs qui vous ont le plus marqué ?

Je me souviens de ces matchs couperets où il fallait gagner ou surtout ne pas perdre. Mais mon plus mauvais souvenir c’est Fauvergue et son but de la dernière minute qui empêche le club d’accéder à la Champion’s League en 2007. Au-delà du mauvais souvenir, ce but démontre la difficulté du sport de très haut-niveau. On est à la 92ème minute, l’arbitre a le sifflet pratiquement en bouche, Fauvergue vient d’entrer quelques minutes auparavant, il n’est pas un buteur prépondérant pour Lille cette saison là mais il saute plus haut que tout le monde et marque ce but qui nous empêche d’accéder au Graal : la Champion’s League. Pour moi, c’est un symbole de la difficulté du haut-niveau. On dit souvent "la joyeuse incertitude du sport", ce jour là on l’a vécu en direct avec le scénario qui s’impose. Quand on est trop critique avec les joueurs et le staff, il faut savoir d’où l’on vient car cet épisode n’est pas si vieux. On serait quintuple champions de France, on pourrait comprendre les critiques envers l’équipe. Le football est intergénérationnel et un sujet de discussion formidable. Il faut savoir d’où l’on vient, mesurer le travail qui est fait et avoir en tête que les valeurs du club sont des bonnes valeurs. C’est un club structuré, bien organisé qui mise sur la jeunesse. On sait qu’un jour Yann M’Vila partira mais on retiendra qu’il a fait ses premières saisons professionnelles à Rennes et ça ; ça restera et on ne pourra jamais nous l’enlever.

"Frei est un joueur qui a marqué les esprits"

Sur la période 1994 à aujourd’hui qui concerne ROUGE Mémoire, s’il y a un joueur du Stade Rennais FC que vous ressortiriez du lot, qui serait-il ?

Alexander Frei ! Aujourd’hui, on voit bien la difficulté d’avoir un attaquant ou de trouver un "monsieur 20 buts". De son côté, Shabani Nonda c’était la force, il perforait les défenses par des qualités physiques exceptionnelles qui d’ailleurs lui ont causé par la suite des pépins physiques. Mais Frei, c’était une élégance, un talent mais surtout une intelligence de placement redoutable. Il avait cette capacité à se faire oublier. Les spectateurs le voyaient mais les défenseurs ne le voyaient plus ou le perdaient de vue, c’est la marque des grands attaquants qu’il confirme cette saison encore avec Bâle Cela montre que lorsque l’on a ces qualités, on les garde toute sa vie. Frei est un joueur qui a marqué les esprits mais il y en a eu d’autres comme Petr Cech. Il est arrivé inconnu et a explosé pour devenir l’un des meilleurs gardiens au monde mais il a gardé sa sincérité et son élégance d’esprit. Il a montré ce que peux apporter un gardien dans une équipe. Une bonne défense c’est fondamental et ça commence par le gardien. Quand on voit Benoît Costil qui souhaite ressembler à Cech, c’est aussi cela la marque d’un club que de créer des modèles pour que des jeunes joueurs à qui ont fait confiance puissent s’en inspirer. Pas sûr que certains joueurs seraient venus au club s’il n’y avait pas eu Petr Cech par le passé. On le sait, ce fut notamment le cas pour Kim Källström. Nonda, Frei et Cech sont des joueurs qui ont marqué des étapes du Stade Rennais. J’aurais aussi pu citer Mickaël Pagis ou Jérôme Leroy qui avaient beaucoup d’élégance.

Côté dirigeants ou techniciens, qui ressortez vous sur cette même période ?

J’aurais pu cité Halilhodzic ou Pierre Dréossi qui a apporté énormément de choses au club du point de vue de la structuration, de l’organisation ou de la sérénité. Mais quand on parle de la marque de fabrique du club, c’est la formation et la jeunesse. C’est Patrick Rampillon qui est discret et dans l’ombre mais on sait ce qu’on lui doit avec ces joueurs qui arrivent à 13-14 ans et qui passent par lui et son staff pour atteindre le haut-niveau. Patrick Rampillon incarne ce qui fait la force du Stade Rennais.

À présent, quel rôle occupez-vous et comment vous relie t'il au Stade Rennais FC ?

Je suis adjoint au Maire en charge des Sports de la ville de Rennes depuis 2008. À ce titre, j’ai la représentation au nom du maire de toute la partie sportive de cette ville. C’est une vaste fonction avec 300 associations sportives et 45 000 licenciés. Les fonctions d’un élu aux Sports avec ses services est de gérer le patrimoine sportif avec l’ensemble des équipements existants mais aussi les constructions neuves et rénovations. De gérer aussi toutes les relations en lien avec l’office des Sports qui est un lieu de représentativité du monde sportif et qui est présidée par Yvon Léziart, ancien administrateur du Stade Rennais au moment de la SEM (NDLR : société d’économie mixte). Gérer aussi la vie associative et accompagner l’organisation de manifestations sportives ce qui occupe beaucoup de temps au cours d’une année.

La structuration du modèle sportif français est basé sur la pyramide avec à la base le sport pour tous et à la pointe le haut-niveau qu’il soit amateur ou professionnel. Le football, lui, s’est professionnalisé voire même financiarisé. Le boulot d’un adjoint aux Sports est de tenir les deux maillons de la chaîne. On oppose pas le sport professionnel et le sport amateur mais on fait en sorte que les deux fassent corps. Je pense que pour avoir du public au Stade Rennais, il faut qu’on aie des centaines de bénévoles qui entraînent, arbitrent, encadrent, accompagnent les enfants qui font des matchs en portant le maillot de Montaño ou d’Hadji. Ce boulot c’est de faire en sorte que le sport se porte bien dans toutes ses composantes et d’instaurer une harmonie entre toutes les disciplines et tous les niveaux de jeu. En somme, chacun doit pouvoir trouver une activité sportive de son propre niveau. On peut avoir du très haut-niveau dans une ville, c’est pas compliqué ! Il suffit de décréter des budgets pour avoir une superbe équipe de football, de hand ou de volley. Mais ce n’est pas la culture bretonne et encore moins la culture rennaise parce que l’élite vient de la base, c’est pourquoi il faut encourager ces valeurs de respect, d’engagement individuel et collectif. Je fais partie de ces personnes qui croient que le sport fait partie du développement de la personne. Ce qu’apprend un enfant dans le sport, cela lui sert dans la vie car il y tutoie ses propres limites. Pour avoir une tête bien faite, il faut avoir un corps bien fait !

Je commence toujours le Ouest-France par les pages sports

Par quel biais et quels médias en particulier suivez-vous l’actualité du Stade Rennais FC ?

J’ai une culture web ! Je suis abonné à L’Équipe mais avec nos nouveaux outils Smartphones, on peut être informé de manière permanente grâce aux applications. Je vais aussi sur les blogs car on a la chance à Rennes d’avoir de bons blogs et forums de discussions : Phare-Ouest, Stade Rennais Online et bien sûr ROUGE Mémoire, le petit nouveau mais qui monte vite. Évidemment, je suis un supporter assumé et je commence le Ouest-France par les pages sports. Je lis les pages internationales mais je commence toujours par les pages sports et notamment par les pages du Stade Rennais. On se refait pas, ça ne date pas de 2008 et mon arrivée comme adjoint aux Sports ; ça a toujours été ainsi.

Vous êtes très présents sur les réseaux sociaux Facebook et Twitter. Avez-vous des contacts favoris pour ne rien louper de l’actualité rennaise ?

Il y a des supporters qui postent et qui ont de l’intérêt pour moi car c’est une manière d’être toujours dans l’actualité. Par exemple, cette idée lancée sur les titres de films est une manière nouvelle d’encourager son équipe et une nouvelle forme de culture. On y a découvert des joueurs mais aussi des films, c’est un mariage plutôt sympa. Je suis subjugué par ces nouveaux outils Facebook et Twitter mais qui ont leurs limites car nous sommes dans une instantanéité qui peut amener des contraintes. Je pense mesurer ce que cela apporte en avantages et en inconvénients. En clair, il ne faut pas prendre pour argent content tout ce qui se dit sur Twitter. On vit un vrai paradoxe aujourd’hui, il n’y a jamais eu autant d’outils d’informations et pourtant je ne suis pas certain que nous sommes plus informés.

J’assume mon côté "Geek" mais notre rencontre d’aujourd’hui est la preuve vivante de ce que peux apporter ces relations sur réseaux sociaux. C’est une manière de se rapprocher des gens et de simplifier les relations. J’essaie d’être présent et de répondre aux sollicitations. J’en profite pour signaler que l’élu aux Sports n’est pas en charge du recrutement et ce n’est pas la peine de me demander des infos transferts par tweets ou direct message… Je fais comme tout le monde, je découvre les informations dans le Ouest-France ou sur le web. L’inconscient collectif croit que la mairie subventionne le club, fait le recrutement mais non ! Le Stade Rennais FC est aujourd’hui une entité totalement autonome, c’est une entreprise privée de spectacle sportif. La mairie et le club ont des relations car nous sommes propriétaires du stade et de La Piverdière. Au-delà de nos charges de propriétaires, le reste du club appartient à l’actionnaire principal et à son équipe.

Pour en revenir au buzz sur Twitter avec le #StadeRennaisHollywood, avez-vous un titre favori ?

J’ai modestement contribué car mes titres étaient assez faciles à trouver c’était "Leroy Lion" et "Danze avec les Loups" et je n’étais sûrement pas le premier à les proposer. Le titre "Un Indien dans la M’Vila" m’a beaucoup faire rire. (NDLR : voir l'affiche dans la rubrique DÉCALÉ).

Dans votre rôle, qui sont vos interlocuteurs au club ?

L’interlocuteur c’est le président Le Lay avec le maire car je ne fais que représenter le maire dans cette organisation. Il y a aussi Pierre Dréossi et bien sûr François Pinault lorsqu’il s’agit d’affaires qui intéressent l’avenir. Ce n’est pas un secret, nous avons coutumes de nous voir deux fois dans l’année où l’on organise des rencontres de travail en début de saison et en fin de saison. Cela permet de faire le point et d’organiser les choses et cela n’empêche pas des contacts directs avec Pierre Dréossi notamment les soirs de matchs à domicile. Les jours de matchs de coupe d’Europe, les élus sont invités à un déjeuner. On est dans des relations de courtoisie, républicaines. En tout cas, nous connaissons chacun notre place et jamais vous n’entendrez l’adjoint aux Sports juger publiquement les choix fait par le club. Dans la vie privée, j’ai mon avis comme tous les supporters mais vous ne m’entendrez jamais interférer dans le vie du club. Chacun son boulot !

Une passe en retrait c’est stratégiquement bon !

Que pensez-vous de l’équipe actuelle pleine de talent mais qui a les défauts de sa jeunesse et de son inexpérience ?

Tant mieux, moi je trouve ça bien. Une équipe qui a les défauts de sa jeunesse ? Et Alors ? C’est bien qu’il y aie des jeunes qui puissent s’exprimer. Par exemple, Vincent Pajot expliquait dans Ouest-France qu’il avait la confiance du coach. C’est bien qu’un gamin puisse faire ses armes au Stade Rennais alors certes il peut lui arriver de faire quelques erreurs, et alors ? Il n’y a pas une finale de Champion’s League à jouer chaque soir de match. Je préfère 100 fois voir des jeunes du centre de formation évoluer et apprendre auprès d’autres joueurs expérimentés plutôt que des mercenaires qui seraient là pour émarger pour 8 mois et repartir sans avoir une quelconque relation avec le club. Il n’y a qu’à voir le nombre de personnes qui assistent aux matchs de CFA. Voir aussi la stabilité avec les Kembo, M’Vila ou Danzé qui sont là depuis des années. C’est intéressant de voir évoluer ces joueurs. Cette jeunesse est la force du club car pour moi être jeune n’est pas forcément un point faible. Quand je vois Jirès Kembo qui embrasse son maillot après avoir marqué à Caen, c’est sincère ! Il sait ce qu’il doit au club et à son entraîneur.

Surtout, il y a une part de physique mais aussi une part de psychologique. Il faut que les supporters comprennent qu’il y a de tels enjeux financiers qu’il faut faire confiance aux joueurs et surtout les soutenir quelque soit l’évolution du match et le résultat. En soi, une passe en retrait c’est stratégiquement bon ! Ca s’applaudit, ça ne se siffle pas. Quand une équipe est resserrée dans son camp, faire une passe en retrait permet d’étirer le bloc adverse si l’on s’intéresse à la culture scientifique du football. Un joueur de 30 ans ne prête plus attention aux sifflets mais un jeune adulte il ne lui faut pas grand-chose pour qu’il commence à cogiter et à commettre des erreurs. Jirès Kembo est passé par là et aujourd’hui, il est dans une période de pleine euphorie. C’est un scoop mais j’ai une petite manie, j’aime bien regarder certains joueurs et faire un focus car on n’a pas cela à la télé. Par exemple en ce moment, j’adore regarder Yann M’Vila évoluer car il a une capacité hallucinante, c’est celle d’avoir toujours la tête levée et il a déjà prévu à qui il va donner le ballon avant même de l’avoir reçu. C’est sans doute aussi la raison pour laquelle il est à ce niveau là. Mais j’aime aussi beaucoup Romain Danzé qui dans un tout autre style se bat jusqu’au bout. .

À domicile, vous suivez les matchs depuis la présidentielle et à l’extérieur ?

Je les suis à la télévision entre copains. J’en loupe rarement car j’avoue, j’adore le Stade Rennais et j’aime voir ses matchs en direct. J’ai eu la chance d’accompagner le club à Glasgow et à Madrid cette saison, cela permet aussi de découvrir une autre culture. Et le lendemain des matchs, c’est direction le site officiel pour admirer par exemple le dernier but de Jirès Kembo en vidéo.

Comment voyez-vous le Stade Rennais FC dans 5 ou 10 ans ?

Ce qui serait bien c’est que l’on fasse un peu ce qu’à fait Lille et là c’est le supporter qui parle. La ville de Rennes a rénové le Stade de la Route de Lorient en 2004 et aujourd’hui nous avons un stade qui correspond exactement au besoin en terme de capacité. On a pas besoin d’un stade de 60 000 places. Les questions qui sont d’actualité sont : Comment faire pour qu’un équipement comme celui là puisse être occupé plus de deux fois par mois ou quatre fois lors des bonnes années ? Comment faire pour que ce soit un équipement qui vive ? Ces questions ont un intérêt économique pour le Stade Rennais car on ne sait pas si les droits télé vont perdurer. Au-delà de la capacité du stade, l’avenir se situe dans la diversification. C’est un travail que la ville de Rennes mène avec le Stade Rennais et absolument pas en cachette comme ce fut avancé avec le "Stade Rennais Land". Un élu à deux jambes, une dans le quotidien et une dans l’avenir, c’est mon obligation d’élu avec mon collègue adjoint à l’urbanisme. Mais parfois, préparer l’avenir vient se confronter au présent.

Avec le Stade Rennais, il faut donc réfléchir à la diversification, à faire des activités qui invitent la population à venir plus souvent au stade : restaurant, gymnasium ou autres lieux de vie nocturne. La ville n’est jamais finie, elle se reconstruit sur elle-même et le Stade de la Route de Lorient ne déroge pas à la règle. Il va donc falloir concilier l’intérêt économique du club et l’intérêt général. Nous sommes tous très attachés à ce que le stade reste en ville, à l’intérieur des rocades parce que c’est le poumon de la ville. Certes, il est encadré par la Vilaine d’un côté et la route de Lorient mais dans les années qui viennent une station de métro va naître à Cleunay. Dans les projets urbains, on réfléchit à ce que le Stade de la Route de Lorient se tourne un peu plus vers Cleunay pour favoriser le cheminement piéton et encourager les spectateurs à utiliser davantage les transports en commun pour se rendre au stade. Avec ma casquette de supporter, je dirais que le modèle Lillois est bon avec du travail serein sur le long terme, sans dépenses extravagantes. La Bretagne est un peuple de besogneux où l’on sait ce que c’est que la valeur du travail. Il faut garder cette image là ! Un palmarès se construit sur la durée donc cultivons cette culture sportive, cette histoire et ce patrimoine et non des noms ronflants en signatures.

On est rentré dans une ère d’entreprise économique qui développe un spectacle sportif

Peut-on revenir sur l’échec du naming du "Fortunéo Stadium" et du partenariat qui en découlait ?

On a déjà tout dit mais c’est un sujet compliqué. On veut que le club se développe et pour cela il faut des ressources pour venir compléter le budget. Dans ce qui existe aujourd’hui, on sait que les partenariats privés comme le naming, appellation, flocage maillot sont importants. Ces nouvelles formes d’accompagnement financiers ne viennent pas porter atteinte au patrimoine et à l’histoire du club. Sur ce cas spécifique, il y a eu des maladresses et des fuites alors que le travail n’était pas forcément accompli. C’était surtout une idée qui n’était pas encore développée et encore moins validée. En plus, le nom était maladroit : imaginez aujourd’hui un stade appelé Fortunéo en pleine période de crise ! Pourtant, je ne veux pas jeter l’opprobre sur le naming et dire que c’est un scandale. Au Mans par exemple, il y a le MMArena et ça ne choque personne. On a crié au scandale à l’époque mais pourtant les tribunes rennaises ont déjà des appellations : Ouest-France, Super U, Ville de Rennes et cela ne choque personne. Effectivement, il y a une entité économique qui doit se développer et il y a des réflexions qui vont dans ce sens.

Aujourd’hui, les clubs vivent très largement des droits télé, c’est plus de la moitié de leurs budgets. Est-ce que ce sera encore le cas demain ? Moi, je préfère qu’on est une appellation sous forme de communication à un moment donné plutôt que de voir augmenter le prix des places de manière outrageuse comme en Angleterre. Si on veut que le club développe ses ambitions, il faut qu’il développe son budget et son économie. Pour cela, il faut que le club aille vers ce qui se fait aujourd’hui et le naming en fait partie ! À ceux qui contestent, je leur répond : acceptez-vous de payer des places à 50 ou 60 euros ? On est rentré dans une ère d’entreprise économique qui développe un spectacle sportif. Il faut garder des valeurs mais ne pas se montrer dans une position dogmatique qui refuserait toute évolution. La mairie en tant que propriétaire à son mot à dire, d’autant plus lorsqu’il s’agit de renommer sa propriété. Je préfère 100 fois qu’un partenaire privé vienne mettre de l’argent dans le projet pour permettre aux familles de rentrer au stade pour moins de 10 euros la place. Il faut que le foot reste accessible sinon on perdra aussi notre âme. Cela peut être un parti pris de réserver le football à une élite mais moi je veux que ce sport reste populaire et pour cela il faut laisser au club la possibilité de travailler sur toutes les hypothèses de développement y compris en terme de communication économique.

Ce qui fait une légende c’est d’avoir une filiation intergénérationnelle à travers des titres

Côté fans, une question revient avec insistance. Un stade aux couleurs du club et non plus de la ville. Est-ce un jour envisageable ?

C’est une question qui revient à la mode. En tant que propriétaire, je pense que cela peut s’entendre mais il est normal que le stade porte les couleurs de la ville même si des sièges rouges et noirs correspondraient plus à l’image du club. Ce n’est franchement pas une priorité, il y a d’autres investissements prioritaires aujourd’hui. Si un jour, on devait revoir tous les sièges, la question se reposerait parce qu’à l’époque le Stade de la Route de Lorient aurait pu accueillir d’autres équipes comme le REC Rugby en imaginant qu’il entre un jour dans le TOP 14 avec ses couleurs en noir et blanc. Aujourd’hui en terme de normes et d’enjeux médiatiques, ce serait très difficile d’avoir à la fois des matchs de foot et de rugby dans un même stade la même semaine. Les investissements prioritaires aujourd’hui sont la vidéosurveillance pour se conformer à la loi et un nouveau stade de CFA de catégorie 3 homologué. Il y a de plus en plus de spectateurs pour les matchs de la réserve le dimanche et ça fait partie du devoir de la ville de bien accueillir les gens sur ces matchs là. Par ailleurs, le Stade Rennais veut investir à La Piverdière sur de nouvelles salles de musculation, de massages et de soins pour les joueurs. Tout cela me semble beaucoup plus prioritaire que de changer les sièges pour se faire plaisir. De plus, il faut le dire aux supporters : une fois assis on ne voit plus la couleur des sièges quant aux tifos, on peut les porter pour obtenir les couleurs rouge et noire. Finalement, changer la couleur des sièges serait un investissement qui serait peu visible.

Quand on vous parle du Stade Rennais FC, quel est le premier souvenir qui vous vient à l'esprit ?

Quels sont vos vœux pour le Stade Rennais FC en 2012 ?

La santé pour les joueurs avant tout. Un bon parcours en Coupe de France car on a tous envie d’y retourner. Je vais reprendre les mots de Noël Le Graët (NDLR : ancien président de Guingamp aujourd’hui à la tête de la FFF) à l’issue de la victoire de Guingamp contre Rennes en 2009. Il m’a dit : "tu sais Sébastien, on ne perd jamais deux finales !" C’est tout le mal que je souhaite au Stade Rennais cette saison. Ce titre se fait attendre pour avoir une relation intergénérationnelle. Le grand-père et le père ont connu cette période des victoires de 1965 et 1971 et maintenant il manque cela à la génération des fils et des petits-fils. Ce qui fait une légende c’est d’avoir une filiation intergénérationnelle à travers des titres. Un dernier vœux car je suis généreux : terminer la saison comme elle a commencé, c'est-à-dire sans connaître de trou d’air au printemps comme la saison passée. Une 3ème ou une 4ème place ce serait très bien.