Entrevue Éric BESNARD

En ce début de saison 2012/2013, ROUGE Mémoire a lancé une nouvelle rubrique "Les Spécialistes" avec les pronostics de journalistes proches sentimentalement ou géographiquement du Stade Rennais FC. Parmi eux, il y a Éric Besnard. Notamment présentateur des soirées "MultiFoot" sur Canal+, le journaliste natif de Janzé est un vrai passionné du Stade Rennais FC. Avec passion et sincérité le 11 août 2012, il devient vite intarissable sur le sujet et rêve d'entendre un jour ou l'autre la musique de la Champion's League au Stade de la Route de Lorient.



"Mon rêve est de voir Rennes disputer un jour la Champion's League"

Quand et comment avez vous découvert le Stade Rennais FC ?

Tout d’abord, je suis janzéen. Je suis donc naturellement allé au Stade de la Route de Lorient avec un ami de la famille. Mon tout premier match au stade c’était un Rennes-Strasbourg le 23 septembre 1970 avec une victoire des Rouge et Noir 2 à 0. Juste derrière, il y a la demi-finale Rennes-Marseille de 1971 qui pour moi est le souvenir le plus fort. Durant toutes les années de Division 2 dans les années ‘70, j’étais chaque semaine au stade en tribune Mordelles. Je me souviens qu’à cette époque là, nous pouvions changer de côté à la mi-temps. Ce qui fait que j’étais toujours placé derrière le but où attaquait le Stade Rennais. Ensuite, je suis parti faire mes études à Bordeaux (IUT de Journalisme puis Études Politiques) avant d’entrer à Radio France et enfin de rejoindre Canal+ sans jamais perdre de vue le Stade Rennais.

Aujourd'hui en tant que journaliste à Canal+, comment vivez vous votre passion du Stade Rennais FC ?

Je m’informe toujours des résultats du Stade Rennais FC. Très souvent derrière le journaliste impartial et objectif, il y a un supporter et pour moi c’est le Stade Rennais FC. À une époque à Canal+, nous étions deux fervents supporters avec Charles Biétry et moi-même. Lors d'un match de Rennes contre Nantes que nous avions commenté ensemble, il avait enfilé une veste noire avec un polo rouge et moi j'avais fait l'inverse (rires). Lorsque je commentais un match pour Foot+ et Jour de Foot et que Rennes jouait simultanément, je demandais toujours un écran annexe pour suivre le déroulé du match de Rennes. Ainsi, je voyais le match pendant que j'en commentais un autre. Par contre, lors des soirs de défaite rennaise, il m’arrive de ne pas regarder Jour de Foot...

Quels sont vos souvenirs les plus marquants concernant les Rouge et Noir ?

Comme évoqué précedemment, il y a la demi-finale retour de Coupe de France du 1er juin 1971 contre Marseille (NDLR : 2-1 puis 3 tirs aux buts à 1) à laquelle j’ai assisté au Stade de la Route de Lorient. Un match mythique avec des spectateurs le long de la ligne de touche et sur le toit des tribunes. C’est un peu flou car j’était tout petit mais c’est un souvenir inoubliable. D'autant plus qu'on a toujours tendance à magnifier les souvenirs d’enfance. Tout se joue aux tirs aux buts ce jour là avec un grand Marcel Aubour dans le but rennais. Ensuite, j'ai suivi la finale contre Lyon (NDLR : 1-0) à la télévision mais j'étais dans les rues de Rennes pour le retour du bus des "héros". D’ailleurs, j’ai pris un réel plaisir à revoir la finale de 1971 sur internet au printemps dernier avec les commentaires de Michel Drucker seul au micro puisque qu’à cette époque il n’y avait pas de consultant. J'invite, tous les internautes à en faire de même. J'étais également au match de Coupe des Coupes contre les Glasgow Rangers (1-1) avec un but du tout jeune Philippe Redon qui devait être étudiant en pharma à l'époque. Ces souvenirs d'enfants sont vraiment ancrés à tout jamais dans ma mémoire. J'étais loin de me douter qu'il me faudrait attendre aussi longtemps avant de revoir Rennes européen.

Sur la période qui concerne ROUGE Mémoire depuis 1994. Avez vous aussi des grands souvenirs ?

C'est plus anecdotique mais il y eu la venue de la Juventus de Zidane en Intertoto en 1999. Et la finale de Coupe de France contre Guingamp le 9 mai 2009. C’est un souvenir à effacer, j’avais même quitté le Stade de France avant la remise de la coupe aux joueurs d’En Avant Guingamp.

Quels joueurs vous ont marqué au Stade Rennais ?

Il y a d'abord un joueur dont je garde un fabuleux souvenir : Laurent Pokou (NDLR : attaquant ivoirien des années ’70). Si les joueurs de son époque avaient eu la facilité pour voyager dans le football européen comme c’est le cas aujourd’hui, Pokou aurait certainement joué dans un très très grand club. Il y aussi eu Raymond Kéruzoré un grand meneur de jeu et Marcel Aubour qui a été un héros à Rennes au moment de la Coupe de France 1971. Depuis la remontée de 1994, il y a toujours eu des très bons joueurs à Rennes, je vais notamment citer le trio d’attaque Sylvain Wiltord, Pierre-Yves André, Stéphane Guivarc’h en 1996/1997. Guivarc’h avait même terminé meilleur buteur du championnat cette année là. Je vais cité aussi Kim Källström, Petr Cech, Shabani Nonda, Marco Grassi ou Alexander Frei mais aucun d’entre eux n’a permis au club de gagner quelque chose.

"Il y a zéro pression à Rennes. Les joueurs ne s'y sentent pas en danger"

Avec votre point de vue de journaliste et d'amoureux du club, que manque t'il au Stade Rennais FC ?

Le Stade Rennais a un actionnaire fort, une équipe dirigeante compétente qui maintient le club parmi les 9 premiers depuis 10 ans, le meilleur centre de formation, un potentiel public énorme et le grand stade qui sont des éléments importants pour moi. Mais ce qui manque au club c’est de l’ambition et une qualification pour la Champion’s League ! Être européen pour moi aujourd'hui, c'est jouer la Champion's League et pas l'Europa League où l'on retrouve les 4èmes voir 5èmes ou 6èmes de certains championnats. Ce qui n'était pas le cas de la Coupe UEFA qui regroupait pendant longtemps les 2èmes et 3èmes clubs anglais, allemands, espagnols et italiens... À cette époque, seul le champion jouait la C1. Une qualification pour cette compétition rapporte 20 à 25 M€. De son côté, l’Europa League coûte de l’argent pour des déplacements lointains dans l’Est de l’Europe notamment.

Vous doutez de l'intérêt de l'Europa League ?

À titre d'exemple, Porto qui a remporté cette épreuve en 2010 a empoché 7 M€. Cela coûte de l'argent, des déplacements, de l'énergie et j'aimerais voir combien de points a pris le SRFC après ses matchs européens en 2011/2012. On m'objecte souvent que trop de clubs français jouent l'Europe toute l'année avant de délaisser la Ligue Europa pour le championnat. Mais lorsque vous êtes 4ème ou 5ème de Ligue 1 lors d'une saison, vous vous battez pour terminer 3ème pas 4ème ou 5ème ! Didier Deschamps et Rudi Garcia ont tous deux indiqué que c'est parce qu'ils sont sortis de l'Europa League qu'ils ont été champions avec Marseille et Lille. Rennes et les autres clubs français ont t'ils le banc pour jouer de front toutes les compétitions ? Non. La Champion's League est un rêve et est lucrative... Pas la Ligue Europa ! Quand j’entends Frédéric Antonetti dire qu’il était et reste difficile pour Rennes de faire mieux que 6ème en raison du budget notamment, je note que Montpellier avec le 13ème budget est devenu champion de France. Montpellier va connaître la Champion’s League, Auxerre l’a jouée il y a peu, pourquoi pas le Stade Rennais ? Une qualification dans cette compétition encouragerait peut être un soutien supplémentaire de l’actionnaire et une exposition médiatique supérieure pour le Stade Rennais.

Comment avez découvert ROUGE Mémoire et qu'en pensez vous ?

Je l’ai découvert via Twitter et pour moi, il s’agit incontestablement du meilleur site sur le Stade Rennais FC. Je prends plaisir à le regarder régulièrement car il est riche en chiffres, en souvenirs, en informations et en anecdotes concernant le passé, le présent et l'avenir du club.

Un mot de la fin ?

J'ai aimé le recadrage de Yacine Brahimi par Pierre Dréossi récemment. Rennes n'est pas assez bien pour ce joueur ? Les joueurs doivent déjà prouver leur valeur à Rennes avant de prétendre jouer et gagner plus chez un grand d'Europe. Yann M'Vila valait vraiment 20 M€ en 2011. Les vaut il encore aujourd'hui ? N'a t'il pas la tête ailleurs depuis trop longtemps ? Il y a zéro pression à Rennes. Les joueurs ne s'y sentent pas "en danger". Ils ont pourtant, sur leur valeur intrinsèque, matière à résultats, et donc à plus value pour tout le monde. Pour conclure, mon rêve est de voir Rennes disputer un jour la Champion's League.