Entrevue Johann RAMARÉ

Né à Rennes en 1984, Johann Ramaré a grandi à Mordelles avant d'intégrer les rangs amateurs du Stade Rennais FC à ses 12 ans. Élément important de l'épopée en Gambardella 2003, le milieu axial du Stade de Reims a accepté de répondre aux questions de ROUGE Mémoire le 16 octobre 2012. Avec calme et franchise, Johann Ramaré revient sur son parcours au Stade Rennais FC et la suite de sa carrière.



Gambardella 2003 : "J’ai joué tous les matchs sauf la finale au Stade de France"

Comment et quand as-tu débuté le football ?

J’ai commencé tout petit à 6 ans dans le club de ma commune à Mordelles et j’y ai joué jusqu’à mes 12 ans. Je suis allé avec un ami faire des journées de détection au Stade Rennais FC et ça c’était plutôt bien passé. En plus, Rennes est le club phare de la région, donc c’était déjà énorme pour moi de participer à cette détection ouverte à tous les jeunes. Ensuite, j’ai intégré les moins de 13 ans du SRFC. J’étais amateur donc je n’ai pas intégré la structure du Centre de Formation.

Quelles étaient tes conditions d’entraînement ?

J’allais au lycée comme tout le monde et je m’entrainais le soir sur le terrain stabilisé à l’écluse ou à Cleunay. J’ai fait les moins de 15 ans B et les moins de 17 ans B. Les moins de 17 ans Nationaux m’ont invité à faire un tournoi avec eux en fin de saison. Vu que cela s’était bien passé, j’ai intégré l’école du Centre de Formation pour finir mon année de terminale et faire tous les entraînements avec eux. Bien qu’amateur, j’ai continué à m’entraîner avec les joueurs du Centre de Formation durant mes trois saisons de CFA qui ont suivi.

Quels étaient les joueurs rennais de ta génération à l’époque ?

En moins de 13 ans, j’ai connu Sylvain Macé et Sébastien Le Toux qui est maintenant aux États-Unis. Ils étaient un peu plus jeunes mais j’ai connu aussi Artur Sorin et Aurélien Montaroup, eux aussi issus de la région rennaise. Comme j’ai intégré tard le Centre de Formation, les plus vieux comme Grégory Bourillon ou Jacques Faty étaient déjà partis. Au centre, j’étais avec des joueurs de 1985 comme Jimmy Briand, William Stanger, Simon Pouplin, Jonathan Bru ou Arnold Mvuemba. Je suis resté pas mal de temps en CFA jusqu’à la génération 1988 avec Jirès Kembo notamment.

Peux tu me raconter ta Gambardella 2003 ?

Ma génération a gagné la compétition. J’ai joué tous les matchs sauf la finale au Stade de France. Je m’étais blessé une semaine avant et j’avais dû suivre ce match des tribunes. Toute l’aventure reste un bon souvenir même si je n’avais pas pu jouer la finale avec cette super génération où il y avait notamment Yoann Gourcuff. Je n’avais pas soulevé la coupe sur la pelouse mais j’avais rejoins les collègues dans le vestiaire pour fêter la victoire sur Paris.

En 2005, tu fais la tournée estivale en Suède avec les professionnels du Stade Rennais FC. Tu t’en souviens ?

Je m’en souviens. Le coach était Laszlo Bölöni et je faisais chambre commune avec Simon Pouplin qui lui était déjà parmi les pros et avait aidé à mon intégration. J’avais vraiment pris ça comme une bonne surprise car j’étais conscient que pour passer professionnel à Rennes, il fallait être parmi les meilleurs de France. C’est une expérience qui m’a beaucoup servi et qui reste encore aujourd’hui un très bon souvenir.

Contrat fédéral : "Je pouvais vivre du football, mon objectif était atteint"

Tu deviens capitaine de la réserve du club en 2005/2006...

Du fait de mon ancienneté, on m’avait confié ce brassard. Arrivé à un certain âge au Stade Rennais soit on passe professionnel soit on va voir ailleurs. J’étais amateur donc je ne coûtais pas grand chose au club et étant du coin je vivais chez mes parents. Le club m’a proposé de rester un an de plus pour continuer de profiter des installations, d’encadrer les jeunes et parfois m'entraîner avec les pros. C’était une très bonne expérience.

Gardes tu en tête un match de cette époque plus que tous les autres ?

Il y a surtout eu la finale du championnat des réserves pros en 2004 qu’on gagne à Monaco. C’était la fin de ma génération avec laquelle on avait vraiment fait une belle saison. On gagne la finale en prolongations sur un coup-franc de Juré Primorac. Aujourd’hui, ça reste un moment très fort pour moi avec le Stade Rennais.

Comment s’est dessiné ton départ du Stade Rennais FC ?

Je savais que c’était la fin de mon histoire avec le Stade Rennais FC. Je savais aussi que tout au long de la saison, les matchs de la réserve du club étaient suivis. Je suis arrivé en fin de saison sans rien de concret sauf le club de Changé qui m’avait contacté. J’étais parti pour continuer les études lorsque l’entraîneur Philippe Montanier m’a appelé pour me dire qu’il était intéressé. Il m’a invité à faire un essai d’une semaine à Boulogne-sur-Mer. Ce club était à l’époque en National, je partais un peu dans l’inconnu. Je suis resté un mois et demi là-bas et j’ai signé un contrat fédéral de suite. Ainsi, je pouvais vivre du football, mon objectif était atteint. On a la chance de monter en Ligue 2 à l’issue de la saison 2006/2007 et c’est là que j’ai signé mon premier contrat professionnel.

L'US Boulogne Côte d’Opale monte en Ligue 1 en 2009. Et hasard du calendrier, ton premier match parmi l’élite a lieu au Stade de la Route de Lorient contre Rennes…

C’est un heureux hasard. Ce que j’avais regardé en premier sur le calendrier était la date du match de Boulogne à Rennes. J’étais vraiment impatient de jouer ce match. Il est peut-être venu un peu tôt car Boulogne et moi-même nous découvrions la Ligue 1. Nous n’étions pas encore au niveau... C’était un match que j’attendais impatiemment mais qui reste une déception car on l’a perdu assez facilement. Malgré le résultat, j’étais très content de jouer dans ce Stade de la Route de Lorient dans lequel j’allais quand j’étais petit.

Tu rebondis à Reims en 2010 et tu es à nouveau promu en Ligue 1. Tu es un porte-bonheur pour les clubs de Ligue 2 qui jouent la montée non ?

Oui j’espère (rires). J’ai vécu le même scénario qu’à Boulogne avec un club qui venait de monter de National, qui a vécu une année pour jouer le maintien en L2 avant de monter dans l’élite. Maintenant, j’espère que le Stade de Reims aura un bien meilleur parcours en Ligue 1 que celui de Boulogne en 2009/2010. D’ailleurs, on fait un bon début de saison mais ça reste fragile. Tous les points déjà pris représentent un plus pour le maintien. On prend tout ce que l’on peut en ce début de saison car les points pris ne seront plus à prendre.

"Je voyais Rennes vraiment franchir une étape ces 3-4 dernières saisons"

À Rennes, tu n’utilisais jamais ton pied gauche mais toujours ton extérieur droit. Tu t’es amélioré sur ce point ?

Oui, mon pied gauche s’est vraiment amélioré. Je partais de très loin car je n’utilisais pas beaucoup ce pied du fait que j’ai intégré tard le centre de formation et donc j’ai moins travaillé sur ce point que les joueurs qui ont suivi un cursus normal. De toute façon, je ne m’en sors pas trop mal avec l’extérieur droit.

Ta légendaire Peugeot 106 blanche t’a-t-elle suivie jusqu’à Reims ?

Non pas jusqu’à Reims. À Boulogne-sur-Mer en National, je me faisais chambrer. Quand on est monté en Ligue 2, je l’ai gardée mais après je n’ai plus eu le choix (rires). J’étais amateur à Rennes et je n’étais pas sûr de pouvoir vivre du football donc j’ai gardé longtemps cette voiture. Landry Chauvin qui était mon coach à Rennes disait que c’était plutôt "bon signe" un joueur qui ne change pas tout de suite de voiture. J’ai suivi son conseil et ça m’a plutôt réussi.

Quelle vision as-tu du Stade Rennais tel qu’il est actuellement ?

C’est un club que je suis toujours évidemment. De plus, tous mes amis supportent le Stade Rennais et quand j’étais en Ligue 2, je le supportais également. C’est un club que je voyais vraiment franchir une étape ces 3-4 dernières saisons avec son Centre de Formation et les moyens investis dans l’équipe première avec des joueurs internationaux. Malheureusement, ça n’a pas marché aussi bien que je pouvais l’espérer ces dernières années. Rennes reste néanmoins un très bon club de Ligue 1. Il leur manque un titre pour vraiment découvrir l’Europe et s’installer durablement dans le Top 5 français.

Stade Rennais - Stade de Reims le 3 novembre 2012. Comment abordez-vous ce match ?

On craint Rennes car on connaît les qualités de cette équipe avec de très bons joueurs à l’image de Féret, Pajot et même M’Vila au milieu de terrain. On va jouer crânement notre chance même si on sait que ça va être compliqué toute la saison à l’extérieur et encore plus chez les grosses équipes. Rennes a tendance à faire partie de ces équipes. On joue notre jeu sans se préoccuper de nos adversaires car on connaît nos défauts et nos qualités. Avec beaucoup d’envie et de solidarité, on ira à Rennes dans l’optique de faire un résultat. Personnellement, j’ai eu pas mal de pépins physiques et je commence à revenir régulièrement dans le groupe bien qu’il y ait beaucoup de monde au milieu cette saison au Stade de Reims. Je n’ai pas encore été titulaire et j’espère que ce sera à Rennes. Ce sera un match particulier pour moi devant tous mes proches et ma famille. Mais le coach ne prendra pas ces éléments en ligne de compte et alignera la meilleure équipe possible pour être performant au Stade de la Route de Lorient.


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