Impact du 12ème Homme en Chiffres

ROUGE Mémoire vous propose ce dossier consacré à l'influence du kop sur les performances du Stade Rennais FC dans son Stade de la Route de Lorient. Sur une idée originale de Mathieu Garnier, nous avons retrouvé devant quelle tribune chacun des buts des Rouge et Noir a été inscrit et, ce, depuis la saison 2004/2005. Un exercice lors duquel le stade complètement rénové avait été inauguré. Les résultats sont éloquents et à découvrir en exclusivité sur ROUGE Mémoire.



Le kop, acteur majeur de l'animation de nos stades de football, influence-t-il vraiment les performances de son équipe ? Tentative de réponse quantifiée avec le cas du Stade Rennais FC.

Regroupé en association dès 1991, le Roazhon Celtic Kop (RCK) est positionné en bas de la tribune "Mordelles" du Stade de la Route de Lorient ; avec environ 350 encartés, il réunit un millier de personnes par match, entrainant parfois avec lui l'ensemble de la tribune dans ses encouragements. Dans la tribune "Ville de Rennes" qui lui fait face, plusieurs initiatives ont vu le jour pour qu’émerge un groupe capable de répondre au RCK mais aucun n'a pu s'y installer durablement. Les animations, tifos et chants dévolus aux Rouge et Noir partent donc irrémédiablement du RCK et de sa tribune, constituant ainsi le point chaud du stade de la Route de Lorient. [1]

Aimant à joueurs

Entre la saison 2004/2005 et la saison 2012/2013, 171 matchs de Ligue 1 ont été disputés au Stade de la Route de Lorient ; 4 d’entre eux ont fait l’objet d’une grève des encouragements de la part du RCK et sortent donc de notre analyse. Sur ces 167 rencontres, on remarque une disposition spatiale bien particulière : pour 80% des matchs, le club breton lance ses offensives en début de match devant la tribune "Ville de Rennes", et attaque donc en 2ème mi-temps devant son kop placé en tribune "Mordelles". En effet lors du toss avant le coup d'envoi, si le capitaine Rennais obtient la possibilité de choisir son côté (Romain Danzé en l'occurrence, le confirme) il choisit systématiquement de disputer la seconde mi-temps devant son kop. L'objectif de l’équipe hôte peut être multiple : terminer le match du côté où elle s'est échauffée, offrir aux plus démonstratifs de ses supporters la possibilité d'une fin de match haletante, être soutenue lors de ses offensives voire maximiser la probabilité de marquer en fin de match.

Dans l’inconscient collectif, il est en effet acquis que davantage de buts sont marqués en seconde mi-temps : cela se vérifie sur cette même période (2004-2013) à l’échelle nationale, où 56% des buts de Ligue 1 sont marqués en seconde mi-temps [2]. Sans surprise, on retrouve ce déséquilibre dans la répartition des buts marqués et encaissés par le club breton dans son stade :

Pour optimiser les chances de voir son équipe marquer, le supporteur rennais se placera donc près du but situé devant le RCK ; 59,4% des buts de son équipe y sont marqués. Parallèlement, c’est également devant cette tribune que son club encaisse un minimum de buts (42,6%). Mais ce déséquilibre n’est-il pas uniquement dû au fait que le Stade Rennais FC attaque 4 fois sur 5 devant le kop en 2nde mi-temps, où on l’a vu toute équipe marque davantage ?

Dynamiseur de buts

L’analyse de chaque match par le prisme de la localisation des buts marqués et encaissés nous permet d’en savoir plus sur le phénomène :

Le Stade Rennais FC marque donc systématiquement plus de buts lorsqu’il attaque devant son kop, que ce soit en 1ère (0,76 vs 0,59 but) ou en 2nde mi-temps (0,92 vs 0,67). Il existerait donc un "effet kop" qui, par ses encouragements, permettrait aux joueurs de se sublimer. Ou bien les joueurs se sentiraient-ils redevables vis-à-vis du soutien apporté par leurs supporters ? Toujours est-il que cet effet est d’autant plus impressionnant en 2nde partie de match, où l’équipe bretonne score 37% plus de buts lorsqu’elle attaque devant son kop que devant l’autre tribune qui en est dépourvue.

La ventilation des buts par quart d’heure de jeu (ci-dessous) nous laisse à penser que lorsque l’équipe débute son match devant le RCK, elle démarre en trombe (40% de ses buts inscrits dans les 30 premières minutes) mais s’écroule en fin de match lorsque son kop n’est plus aussi proche pour encourager ses offensives.

A contrario, dans la configuration la plus courante (rappelons que 80% des matchs se terminent côte RCK pour Rennes), c’est dans le dernier quart d’heure de jeu que les attaquants bretons inscrivent un maximum de buts (encore plus que la moyenne du championnat de Ligue 1 [2]), peut-être au moment où le soutien se fait le plus pressant lors des matchs indécis. L’influence du kop sur son équipe est donc positive, mais qu’en est-il de l’impact sur ses adversaires ? Est-il en mesure de perturber les attaquants adverses par ses chants, voire par ses invectives ?

La différence de moyennes entre tribunes étant faible, que ce soit en 1ère ou en 2nde mi-temps, l’impact sur les adversaires semble nul ; à noter que le parcage dévolu aux supporters de l’équipe visiteuse, situé en face du RCK, n’influencerait pas non plus son équipe.

Catalyseur de victoires

Les Rouge et Noir marquent davantage lorsqu’ils évoluent devant leur kop, mais peuvent-ils gagner des matchs grâce à lui ? Examinons les scénarios de chaque match à partir de la position de l’équipe à la mi-temps : était-elle en tête, menée ou le score était-il de parité ?

On l’a vu, le Stade Rennais FC marque davantage lorsqu’il attaque côté kop ; logiquement, il se retrouve alors en position plus favorable lorsqu’est sifflée la mi-temps. Il mène au score dans 45% des matchs contre 39% lorsqu’il a porté ses offensives devant la tribune dépourvue de kop, et est mené dans seulement 9% des matchs contre 21%.

A partir de ces positions au retour des vestiaires, quel est le résultat en fin de match ?

Plusieurs enseignements à tirer de ces chiffres : - En position offensive devant son kop en 2nde mi-temps, il conserve mieux son avantage au score que s’il attaque de l’autre côté : 83% de victoires contre 73%.

  • Lorsque le score est de parité à la mi-temps, la surperformance liée au fait qu’il place ses offensives devant le RCK est manifeste : il parvient à forcer la décision pour remporter près de la moitié de ces matchs (46%), contre seulement 20% lorsqu’il attaque de l’autre côté.

  • Enfin, mené à la mi-temps, le club breton n’a jamais réussi à renverser la situation lorsqu’il attaquait côté "Ville de Rennes", mais il est parvenu à se révolter à 4 reprises (14% de ces matchs) pour remporter les 3 points lorsqu’il était soutenu par le kop.

Pourvoyeur de points

Les performances offensives de l’équipe rennaise sont donc meilleures lorsqu’elle porte ses attaques devant les encouragements de son kop, que ce soit en 1ère ou en 2nde mi-temps. Malheureusement pour ses joueurs, le changement de côté de terrain à la mi-temps étant de mise, ils ne bénéficient de cet avantage que pendant la moitié du match.

Mais que se passerait-il si l’intégralité du match (1ère et 2nde mi-temps) se déroulait devant la tribune "Ville de Rennes" dépourvue de kop ? Voici les statistiques issues de l’analyse des matchs joués entre 2004 et 2013 (cf. graphique précédent) :

A partir de ces informations réelles, calculons les résultats d’une saison type (buts et points [3]) des Rouge et Noir s’ils n’évoluaient jamais devant leur kop, et comparons-les aux résultats réels sur les 9 dernières saisons, c'est-à-dire lorsqu’il est aidé par ses supporters du RCK en tribune Mordelles :

Certes, sans l’influence de son kop, le club breton encaisserait quasiment autant de buts ; mais il marquerait 4,4 buts de moins en 19 matchs à domicile. Priver les Rouge et Noir de leur kop signifierait également retirer leur capacité à mieux rentrer dans le match en 1ère mi-temps et à maximiser leur résultat en 2nde. Sans lui, les Rennais se verraient privés de 6,2 points, perdus notamment à cause de 3 matchs nuls qui n’auraient pu être convertis en victoires. Un pactole de points non négligeable lorsqu’on sait que les Bretons ont récoltés en moyenne 56 points en championnat lors des 9 dernières saisons, dont 33,9 points à domicile.

Le terme de 12ème homme, souvent employé pour qualifier le kop, n’est finalement pas usurpé puisqu’il bonifie les performances offensives de son équipe, tout du moins dans une configuration telle que celle du Stade Rennais FC : un kop massif et unique placé derrière un but. Les joueurs en semblent conscients, eux qui cherchent à bénéficier du soutien de leurs fidèles supporters en 2nde mi-temps où les résultats se font et se défont. Mais est-ce le cas des dirigeants ? Savoir qu’un kop peut rapporter plus de 6 points par saison changeraient probablement l’attention qu’ils portent aux associations de supporters.

Reportage dédié sur Canal+


[1] : Lire par ailleurs cette page Wikipédia consacrée aux supporters du Stade Rennais FC.

[2] : Source : Deux-Zéro.

[3] : Méthodologie de calcul :

  • moyenne de buts inscrits par le Stade Rennais FC devant la tribune "Ville de Rennes" en MT1 et en MT2

  • moyenne de buts inscrits par l’adversaire devant la tribune "Mordelles" en MT1 et en MT2

  • position moyenne à la mi-temps (mène/ est mené/match nul) lorsque le Stade Rennais a attaqué devant la tribune "Ville de Rennes" en MT1.

  • évolution du score à partir de la position du Stade Rennais FC à la mi-temps lorsque il a attaqué devant la tribune "Ville de Rennes" en MT2.