Entrevue Benoît COSTIL

Benoît Costil a disputé son 100ème match de Ligue 1 avec Rennes à la Beaujoire le 23 février 2014. C’est d’ailleurs quelques jours après la démonstration à Nantes que notre partenaire Rennes Football a rencontré le dernier rempart des Rouge et Noir pour ressasser avec lui les matches qui ont marqué son début de carrière rennaise. Souvenirs plaisants ou blessants, Benoît Costil s’est confié.



Belgrade : "devant 55.000 supporters limite fou-furieux"

Étoile Rouge Belgrade – Stade Rennais FC : 1-2, le jeudi 18 août 2011 en Europa League

C’est le premier souvenir qui me vient à l’esprit pour l’ambiance et le match lui-même. C’était le vrai premier match de Coupe d’Europe de la saison et le premier grand match européen pour moi aussi. Il y avait 55.000 supporters limite fou-furieux. C’était génial à vivre et une grosse expérience pour moi venant de Ligue 2. Cela m’a aidé pour la suite.

Le parcours en Europa League

Le premier match à Rustavi (2-5) n’est pas spécialement marquant avec un contexte particulier car il n’y avait personne dans le stade. C’était mon premier match avec le Stade Rennais mais je n’en garde pas un super souvenir. Je n’avais pas eu beaucoup d’arrêts à faire mais je prends deux buts. L’épopée en Coupe d’Europe restera un échec pour le club et les supporters mais pour moi cela restera quelque chose d’exceptionnel et qui me donne qu’une seule envie : y retourner ! Personnellement, je veux jouer l’Europe. Même si ce n’est « que » l’Europa League, cela reste des matches géniaux.

Stade Rennais FC – Atlético Madrid : 1-1, le jeudi 29 septembre 2011 en Europa League

Les matches à domicile d’Europa League m’ont marqué surtout la réception de l’Atlético Madrid. C’est l’une des rares fois à Rennes où j’ai vu le public comme cela. On était dans la peau du petit et les supporters l’ont compris et ont voulu nous aider. Il y a eu un fait de jeu avec Perea leur latéral droit qui a permis de rebooster tout le monde : joueurs et public. On était frustrés de se faire rejoindre à la fin. Si l’on gagne ce match là, on aurait pu passer le premier tour car on a vraiment fait de bons matches.

Marseille : "ce match me donne du crédit auprès du club, du coach et du public"

Olympique de Marseille – Stade Rennais FC : 0-1, le samedi 10 septembre 2011 en Ligue 1

C’est le vrai gros match qui me donne du crédit auprès du club, du coach de l’époque (NDLR : Frédéric Antonetti) et du grand public. Ce match m’a fait beaucoup de bien parce qu’il me fallait un petit coup de buzz. J’avais été élu meilleur gardien de Ligue 2 mais en Ligue 1, je n’avais encore rien fait. Lors de cette victoire à Marseille grâce à un but de Jirès Kembo en fin de match, j’ai été très sollicité pendant 90 minutes et on a commencé à parler de moi en bien. Ce match m’a fait beaucoup de bien auprès du grand public et il a montré que j’avais des qualités. D’ailleurs c’était mon deuxième match au Stade Vélodrome puisque j’étais déjà venu avec Caen pour une lourde défaite 6 à 1.

Dijon FCO – Stade Rennais FC : 1-5, le dimanche 7 août 2011 en Ligue 1

Dans mon esprit, mon premier match avec Rennes est la victoire 5 à 1 à Dijon lors de la première journée de Ligue 1. J’avais eu beaucoup de ballons très chauds à jouer. Il y avait notamment eu un penalty de Grégory Thil qui tape mon poteau.

Quevilly : "on perd le match à la pause dans le vestiaire, dans le discours du coach"

US Quevilly – Stade Rennais FC : 2-1, le mardi 11 avril 2012 en Coupe de France

C’est fantastique dans un sens car je retournais chez moi avec toute ma famille au stade et une place en finale à aller chercher. Pour moi on allait passer car, arrivé en demi-finale, on a pas le droit de se faire avoir. Le contexte était exceptionnel avec 21.000 personnes qui ont mis une ambiance fantastique. Ce n’était pas du tout un match "casse-pipe" comme on en voit souvent en Coupe de France. Il n’y avait donc aucune raison de ne pas passer. Tout se goupille bien puis arrive cette mi-temps… Pour moi, on perd le match à la pause dans le vestiaire, dans le discours du coach. En live, je ne peux pas me dire que l’on va perdre le match mais je me dis que cela se passe mal ; qu’il y a un truc qui ne va pas. On sent de la crispation de la part du coach, du stress, qu’il ne gère pas le truc… Ça s’énerve, on essaie de se remobiliser mais cette sensation que l’on a eu à la mi-temps a été confirmée par le résultat final alors que tout se passait bien jusque-là car on menait au score. On savait qu’il y avait des choses à corriger à la pause mais avec la qualité de nos joueurs et notre expérience, on se dit : "ça va le faire."

En deuxième mi-temps, on a complètement coulé tandis que nos adversaires étaient "pleine balle." Je me disais : "ce n’est pas possible, même en Ligue 1, je n’ai jamais vu des adversaires qui courent aussi vite, qui frappent aussi fort…" Cela venait de partout ! Je me rappelle de ce joueur Karim Herouat qui est entré à trente minutes de la fin et qui marque. Je me dis : "ce joueur est remplaçant ici, comment est-ce possible qu’il fasse une telle entrée à ce niveau." Le scénario était écrit. Cette issue-là, limite on l’a vue venir. On a le ballon, on le perd et au moment précis où l’on perd le ballon, je vois que l’on est dans une galère incroyable car on n’est pas en place avec des joueurs à vingt mètres les uns des autres. John Boye va plus vite qu’Anthony Laup mais il joue le coup intelligemment en s’excentrant un petit peu pour décocher cette frappe croisée "toute pourrie" qui me prend à contrepied et va au fond. Là, je me retrouve face aux supporters rennais et je les vois fou-furieux avec du désarroi, de la colère et des visages décomposés. Tout ce que je vois sur l’instant, je le comprends. Je me retourne face au jeu et je vois tout le monde sur le terrain. Pour moi, il restait encore quelques minutes à jouer mais là je comprends que tout est fini. Collectivement c’est une grosse souffrance. Pour moi c’est un rêve qui s’arrête car se qualifier pour une finale de Coupe de France – plus prestigieuse que la Coupe de la Ligue – devant ma famille, face à un club amateur, dans un stade d’Ornano où j’ai rêvé de réussir étant plus jeune… Cela aurait été un cadeau exceptionnel. Plus que la finale de Coupe de la Ligue de 2013, cette demie restera un échec pour moi.

Paris SG – Stade Rennais FC : 1-2, le samedi 17 novembre 2012 en Ligue 1

Collectivement, il y a eu le match au Parc des Princes qui a été très fort en émotions. Pour moi, cela n’a pas été un bon moment car je me fais expulser à 1 à 1. Derrière, il reste une heure de jeu et j’ai le sentiment de mettre l’équipe dans la merde. D’une certaine manière, grâce à mon expulsion, cela restera un match mémorable avec cette victoire à 9 contre 11 devant la famille Pinault qui était là. Les prouesses de Cheikh N’Diaye dans le but lui ont permis de se mettre en valeur et c’était une très bonne chose pour lui.

Montpellier : "avec ces dix-huit-là, le sentiment que rien ne pouvait nous arriver"

Stade Rennais FC – Montpellier HSC : 2-0, le mercredi 16 janvier 2013 en Coupe de la Ligue

C’était un match avec une très grosse pression. Je dirais que la pression était incomparable par rapport à celle de la finale. On avait pas le droit à l’erreur car tous les supporters voulaient retourner au Stade de France. On savait aussi quelle image le Stade Rennais renvoie en France à travers les finales ou demies perdues. On avait pas le droit de se louper. On a senti un stade en feu. Vraiment, c’était top ! J’ai le sentiment en plus que l’on a fait un grand match. Tout le monde a fait le match qu’il fallait et pour la première fois depuis mon arrivée à Rennes, on jouait avec une équipe au grand complet. Il y avait même John Mensah en défense centrale. Je suis sûr que si on avait pu finir la saison avec cette équipe-là, on se qualifiait pour l’Europe (NDLR : ensuite il y a eu le départ de Yann M’Vila, la grave blessure de Romain Alessandrini, le difficile retour de CAN de Jonathan Pitroipa et de nombreuses blessures à répétition au sein de l’effectif). Au niveau de la confiance que l’on avait avec ce groupe de 18 là, on avait le sentiment que rien ne pouvait nous arriver. Cette victoire a été un grand soulagement marqué par la communion avec les gens à l’issue du match. On avait un peu copié Saint-Etienne qui avait fait cela la veille. D’ailleurs à l’hôtel, on a regardé le match des Verts à la télévision et cela donnait envie. On était seul dans notre chambre à ce moment-là et je me rappelle qu’on s’envoyait des sms entre coéquipiers. On l’a eu cette qualification, c’était merveilleux.

Après Evian : "merde il y a une finale à jouer"

Evian TG – Stade Rennais FC : 4-2, le samedi 13 avril 2013 en Ligue 1

Dans le désarroi, des matches cauchemardesques il y en a eu pas mal. Mais je crois que le pompon c’est le match à Evian une semaine avant la finale de Coupe de la Ligue. On s’est dit : "c’est pas possible. On a une finale à faire dans une semaine et on est nuls ! On n’a plus rien et on a perdu toute la confiance de la première partie de saison." Pour moi, on n’a pas loupé notre saison mais on a loupé notre fin de saison. Je dirais de fin février à fin mai. Mais ce match à Evian là, on était au fond de la gamelle et on se dit : "merde, il y a une finale à jouer dommage. Alors qu’en temps normal, on se serait dit : c’est cool on a une finale la semaine prochaine." On n’était pas au point. Peut-être que les gens vont mal le prendre ou ne pas comprendre en lisant cela mais ils ne peuvent pas savoir ce que l’on a ressenti sur le terrain, ce qui se passait dans le vestiaire et au quotidien. Après ce match contre Evian, on se dit que l’on n’a aucune chance de battre Saint-Etienne. Psychologiquement, on est au fond ; sportivement, on est démunis avec plein d’absents, cela faisait un nombre incalculable de matches où l’on ne mettait plus un pied devant l’autre. Et en plus, on affronte Saint-Etienne qui est vraiment très fort et qui n’a pas eu à forcer son talent pour nous battre ce soir-là. La finale est à l’image de la saison avec deux blessés en cours de match Romain Danzé et Mevlüt Erding. Quelques jours après, on jouait le Paris Saint-Germain à domicile en championnat. Cela aurait pu être une fête exceptionnelle et pareil, on se reprend une gifle puis encore une autre contre Troyes. Le bilan de la saison n’est pas bon mais il y a eu une finale malgré tout. La saison ne se joue pas sur deux mois et demi mais malgré tout, ces derniers mois sont les seuls que l’on retient.

Nantes : "on a montré qu’il y avait une grosse différence entre les deux équipes"

FC Nantes – Stade Rennais FC : 0-3, le dimanche 23 février 2013 en Ligue 1

C’est une saison qui met du temps à se lancer. Ce n’est pas une saison facile mais elle se vit beaucoup mieux que la précédente au niveau de l’atmosphère, du climat dans le vestiaire et dans le club en général. Je pense toujours plus à regarder en haut qu’en bas. Ce déplacement à Nantes est un match marquant car on avait pris une telle gifle au match aller à domicile (1-3) qu’on avait à cœur de prendre notre revanche. On savait que c’était un match important pour tout le monde. Perdre deux fois la même saison contre Nantes, ça aurait très mal passé. Mais, là, on a tout mis. Forts sur le terrain et forts dans les têtes, on a montré qu’il y avait une grosse différence entre les deux équipes. Je dirais que ce jour-là, on a joué à notre vrai niveau. Reste à le confirmer sur plusieurs matches consécutifs.


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