Entrevue Jean-Paul OLLIVIER

C’est avec un grand plaisir que le 27 février 2016 nous avons eu la chance de rencontrer chez lui à Concarneau, « Paulo la Science » alias Jean-Paul Ollivier. Au-delà du « fondu » de cyclisme, vous découvrirez aussi un vrai passionné de foot qui a suivi le Stade Rennais comme journaliste à la fin des années 60 et au début des années 70 et a même écrit un livre sur son histoire.



"Le Stade Rennais, club phare de la Bretagne"

Aux yeux du public, vous êtes surtout connu en tant que Paulo la Science comme la voix du Tour de France Cycliste, et peu ou pas du tout comme journaliste suivant le football. Pouvez-vous nous dire d’où vient votre passion pour le football ?

Quand on est Breton, on est systématiquement cyclisme-football ou football-cyclisme, par ordre d’importance c’est selon. J’ai donc toujours été passionné de football.

Pour le garçon concarnois que vous étiez, que représentait le Stade Rennais ?

Le Stade Rennais était le club phare de la Bretagne. Je supportais donc systématiquement le Stade Rennais sans être un immense supporter. Je supportais le club depuis Concarneau. J’ai découvert le Stade Rennais lors des années 1956-1957 par des amis plus âgés que moi qui me parlaient du Stade Rennais avec Jean Grumellon, Louis Pinat, Antoine Cuissard. D’ailleurs, Jean Grumellon venait de quitter le Stade Rennais. Il était passé par Le Havre et par Monaco et demeurait un joueur emblématique. Pour ce qui concernait Antoine Cuissard, il avait été 27 fois international. Il était un petit peu sur la fin mais c’était encore un bon joueur. Je me rappelle également de Stanislas Dombeck qui a été une fois international.

Quand avez-vous vu jouer pour la première fois le Stade Rennais ?

J’ai eu la grande joie de voir évoluer le Stade Rennais en 1956/1957. Chaque année, lors de la foire Saint-Martin de Concarneau, l’Hermine Concarnoise (NDLR : le 2ème Club de Concarneau avec l’US Concarneau) faisait venir une grosse équipe professionnelle. Celle-ci avait joué la veille ou l’avant-veille à Rennes, donc le déplacement était facilité. J’ai vu évoluer plusieurs clubs professionnels de l’époque et j’ai vu évoluer le Stade Rennais. Il y avait Dombeck, Patrick Mayet, Antoine Cuissard en capitaine, Henri Guérin qui ne jouait plus était là aussi. Il y avait aussi un gars qui était toujours très bien sapé avec une belle chevelure qui s’appelait Ignace Waloryszek. Il a joué après à Monaco et à Toulouse. Il y avait aussi Louis Pinat le gardien de but, qui était originaire de Boulogne-sur Mer. C’étaient tous des gars qui impressionnaient.

En 1971, vous écrivez un livre sur le Stade Rennais aux éditions Solar, pouvez-vous nous raconter l’histoire de ce livre ?

J’étais présentateur du journal télévisé à Rennes. Je rentrais de Djibouti. Le Stade Rennais venait de gagner la Coupe de France en 1971. Et Solar me demande d’écrire un livre sur le Stade. J’étais en concurrence avec Gilbert Bousquet qui s’occupait du Sport au journal régional alors que moi j’étais plus généraliste. Je ne voulais pas trop marcher sur ses plates-bandes mais Solar a voulu m’imposer et m’a imposé. J’ai donc écrit ce bouquin qui m’a donné beaucoup de satisfaction car il a été bien vendu d’autant plus qu’à l’époque le nombre de bouquins sur le sport était beaucoup moins important qu’aujourd’hui. J’ai écrit ce livre assez rapidement et j’ai un peu dévié et parlé aussi des autres clubs bretons. Pour l’écrire, je suis allé voir les joueurs, Jean Prouff et Henri Guérin. Jean Prouff était un personnage intéressant. À cette époque, il y avait des stars étrangères Velimir Naumovic, Zdenko Kobescak et Sokrat Mojsov. À cette époque, Jean Prouff prenait lui-même son bâton de pèlerin et allait les chercher. Je lui avais dit que c’était un peu curieux car il y avait quand même un certain déchet dans ses recrues. Il me confirmait en expliquant qu’il avait un certain budget et qu’il ne pouvait pas aller au-delà. Il était juste obligé de se contenter de gars qui étaient bons mais peut-être pas des supers.

Au moment où vous avez écrit ce livre, que représentait le Stade Rennais ?

J’étais systématiquement supporter du Stade Rennais car je commentais les matchs pour Radio Bretagne et aussi de temps en temps pour la télé. On faisait le multiplex.

Que représente le Stade Rennais maintenant pour vous ?

Aujourd’hui, j’ai lâché un peu de lest car j’ai trop de choses à faire mais il est évident que la première chose que je fais lorsqu’il y a eu une journée ou une soirée de Ligue 1 c’est de regarder ce qu’a fait le Stade Rennais mais aussi ce qu’ont fait les autres clubs bretons car je suis resté Breton dans l’âme. Et pareil quand il y a une journée de Ligue 2...

Si je vous demande de nous raconter un souvenir marquant sur le Stade Rennais toutes époques confondues, quel serait-il ?

Je me souviens d’un match contre Sedan le 4 novembre 1969. C’est lorsque Jean Rohou est devenu Président du Stade Rennais en 1969/1970. Le Stade Rennais plongeait inexorablement au classement et perdait tous les dimanches même contre des petites équipes. Ce jour-là, Jean Rohou est élu par le comité directeur et le soir il y a le match. On trouvait étonnant que Jean Rohou, maire de Carhaix, puisse prendre un club en péril. Il avait annoncé qu’il recevrait les journalistes à la mi-temps. À la pause, Sedan menait 2-0 et donc le Stade Rennais perdait encore. Jean Rohou nous reçoit et je lui dis qu’il commence mal sa présidence. C’était un type un peu glabre. Il parlait assez peu et paraissait très renfermé. Il nous répond qu’effectivement cela commençait mal pour le moment, mais qu’il fallait que quelqu’un prenne la présidence du club, qu’il avait toujours été un fervent du Stade Rennais, que c’était son club ainsi que celui de son fils. Il conclut en disant que le Stade Rennais serait peut-être être battu mais que le match n’était pas terminé, et qu’il y avait une deuxième mi-temps. En deuxième mi-temps, Sedan marque tout de suite un troisième but mais alors les joueurs du Stade Rennais se réveillent de façon fantastique et marquent trois buts permettant d’arracher le match nul. Ça reste un très bon souvenir car ça a été une sorte de re-départ du Stade Rennais qui allait les mener deux ans plus tard vers un deuxième succès en Coupe de France.

Et depuis 1994 ?

Je n’ai pas de souvenir particulier. Je suis cela de loin. Évidemment, je suis satisfait quand ils gagnent mais je n’ai pas assisté aux matchs depuis très longtemps.

Quels joueurs du SRFC toutes époques confondues vous ont le plus marqué?

Moi j’ai été marqué par Marcel Loncle. Il avait un immense talent, ce garçon. Il était, bon, je ne dis pas caractériel, mais il avait des volontés bien affirmées. Il a même décliné des sélections en Equipe de France. Il avait un talent fou. Il n’avait pas besoin d’argent parce que l’entreprise familiale de Saint-Malo était florissante. Il travaillait la journée et s’entraînait le soir. Il était formidable Marcel. Il avait passé du temps à Angers et avait perdu une finale de Coupe de France en 1957 contre Toulouse sur un gros score (6-3). Louis Cardiet était un joueur solide. René Cédolin est arrivé avec une bonne classe mais de temps en temps paf il dérapait. Il loupait les ballons et là ça devenait grave mais sinon c’était un bon joueur. Il y avait Robert Rico qui était de Concarneau. Robert Rico est pied noir d’Agadir mais est venu très vite à Concarneau où il a fait les belles heures de l’USC, notamment lors d’un beau parcours une année en Coupe Gambardella. Il a été récupéré par Rennes, puis pressenti à Marseille avant de partir à Reims.

Des gars comme Daniel Rodighiéro ou Pierre Garcia étaient des joueurs sympas. Raymond Kéruzoré était marrant. C’était un demi qui à mon avis était trop défensif. Il aurait pu être sélectionné davantage en équipe de France. Il a eu deux sélections. Il avait du talent. Il était très replié sur lui-même, très introverti surtout quand les décisions ne lui plaisaient pas. Il a toujours été comme ça même dans ses postes d’entraîneurs. Le Stade Rennais a eu à un certain moment plus de facilités que d’autres clubs car Rennes était déjà une ville étudiante. Bien avant Raymond Kéruzoré qui était en fac de Chimie, il y a eu René Billon qui était dentiste, Yves Legrand, Jacques Poulain, même Yves Boutet qui sortaient de l’université. Il y a eu dans cette période des tacleurs terribles. Des gars comme Stephan Ziemczak qui venait de Lens. Avec lui ça y allait. Il y a eu aussi un André Le Menn qui a été capitaine, qui était né à Quéménéven.

Quel entraîneur du SRFC vous a le plus marqué ?

Jean Prouff m’a marqué. Plus tard, il est venu à Berné en division 3. C’était quelqu’un de très sobre, très précis. Il venait manger à la maison quand il était sur Paris. Et c’est moi qui lui ai fait découvrir la raclette car il ne connaissait pas la raclette. Avec lui, j’avais de bonnes relations mais on ne se tapait pas sur le ventre. Je le rencontrais, j’allais aux entraînements, c’était « bonjour Jean ». Quand il avait des informations à donner, il les donnait, il était ouvert pour ça. Il ne faisait pas de la rétention d’informations.

Avez-vous des anecdotes sur le Stade Rennais que vous n’avez jamais racontées ?

Juste avant l’arrivée de Jean Rohou lors de la période où le Stade Rennais perdait tout le temps, il y avait André Herne, chef du service des sports du Télégramme de Brest, qui avait un talent fou et qui avait une plume au Vitriol. Il était arrivé au match en ayant peut-être bu un petit coup. Il avait des habitudes d’intempérance, dirons-nous. Contre Angoulême, il avait fini son article par ses mots : « (…) l’arbitre s’appelait Monsieur Mouton, il en fallait bien un pour conduire ce troupeau de chèvres. » André Betta lui a fermé la porte des vestiaires pendant un an ou deux. On n’a pas le droit de faire ça.

Continuez-vous à suivre les résultats du SRFC aujourd’hui et allez-vous au Roazhon Park ?

Ca fait très longtemps que je n’y suis pas allé. J’ai dû faire un sujet sur le Stade Rennais en 1975 pour la rubrique football de Stade 2 avec Bernard Père et Thierry Roland mais je n’y suis pas retourné depuis.

Quels sont vos espoirs, souhaits pour le club ?

Je suis très déçu par leur performance, parce qu’ils sont très irréguliers. On s’interroge : là ils gagnent puis ils prennent un carton. Je souhaite qu’ils arrivent au sommet. Hormis ces deux Coupes de France gagnées, ils ont toujours été décevants et irréguliers en championnat. De son temps, Jean Prouff avait du mal à se faire une belle équipe. Ils finissaient toujours 11ème, 12ème 13ème, c’était leur place.

Merci à Denis Vergos pour avoir facilité la mise en relation.