Entrevue Erik VAN DEN BOOGAARD

Erik Van Den Boogaard a joué comme attaquant au Stade Rennais durant 3 saisons de 1987 à 1990 alors que le club évoluait en Division 2. Neuvième buteur de l’histoire du Stade Rennais, le Hollandais a accepté de répondre dans un français parfait à quelques questions de ROUGE Mémoire quelques jours avant de donner le coup d’envoi de Stade Rennais – Nancy le 20 août 2016 au Roazhon Park.



"Je me sens chez moi en Bretagne !"

Peux-tu nous expliquer ton parcours de footballeur avant ton arrivée en novembre 1987 à Rennes alors en Division 2 ?

J’ai commencé à Geldrop, un club amateur à côté d’Eindhoven. A l’âge de 16 ans, j’ai été demandé par le PSV d’Eindhoven. Deux ans après, le 5 novembre 1983, je fais mes débuts dans l’équipe première du PSV contre l’Ajax d’Amsterdam en rentant à la mi-temps. On gagne 1-0 et c’est moi l’unique buteur. C’était un beau début. Durant le reste de la saison, je rentre encore plusieurs fois et je marque encore quelques buts. Je suis resté un petit peu plus de deux ans avec l’équipe première avec des hauts et des bas comme tout jeune joueur. J’ai marqué pas mal de buts mais après quelques années, je voulais devenir titulaire et dans un grand club comme le PSV ce n’était pas évident pour un jeune attaquant. J’ai donc été transféré au MVV Maastricht où je suis resté un petit peu plus de deux ans pour finalement arriver à mi-saison à Rennes en novembre 1987.

Comment s'est passé ton arrivée au SRFC ?

Je signe au Stade Rennais suite à une semaine d’essai où cela s’est très bien passé. On est parti en stage en Andorre puis faire un tournoi au Maroc à Casablanca. Dès le début, j’ai marqué des buts et mon entente avec Laurent Delamontagne a été très bonne. Lors de mes premiers entraînements, on s’est trouvé tout de suite. Et ça a continué par la suite. J’ai débuté officiellement lors d’un match de Coupe de France contre Baud le 13 février 1988 (NDLR : victoire rennaise 7 à 0). Mais bien sûr, c’est le premier match de championnat contre Strasbourg quelques jours plus tard que je retiens.

Justement, lors de ton premier match de championnat contre Strasbourg, tu marques un doublé lors d’une victoire époustouflante (4-0) ? As-tu un souvenir particulier de ce match ?

C’était un super début. C’est surtout l’accueil du public à ce moment-là qui m’a frappé. Je suis devenu la coqueluche tout de suite et ça je m’en rappellerai toujours. L’accueil par les supporters mais aussi par les joueurs et le staff a été magnifique, chaud et spontané. On était content car Strasbourg n’avait pas perdu un match sur toute la première partie de la saison et n’avait pris que 8 buts. On avait très bien joué. C’est le début de la magie comme je le ressens entre moi, Rennes et la Bretagne, même encore aujourd’hui. Le contact avec les supporters et les gens en Bretagne m’a tellement plu que je me suis tout de suite senti chez moi à Rennes.

Lors de ta seconde saison, le Stade Rennais finit 3ème du Groupe B de Division 2 et perd en barrage à Nîmes. Il réalise aussi un beau parcours en Coupe de France en étant seulement éliminé en quart de finale par l’Olympique de Marseille. Tu finis la saison meilleur buteur rennais avec 20 buts. La seconde saison, tu marques 15 buts et le Stade Rennais monte en Première Division en finissant 1er du groupe B. Beaucoup de supporters se souviennent encore du dernier match à Lorient et du but libérateur à la dernière seconde (0-2). Quels souvenirs gardes-tu de tes années rennaises ?

Evidemment, ce fameux match à Lorient. C’était un scénario à la Hitchcock où il y a du suspens jusqu’à la dernière minute. À Lorient, c’était la même chose. L’ambiance était géniale. On avait eu une saison vraiment très dure mais à Lorient, on pouvait devenir Champion de D2 et monter en D1. Quand Jean-Christophe Cano marque ce but à la dernière minute, on ne sait pas encore si on est champion car cela dépendait du résultat d’Angers-Valenciennes. Ce fut une énorme explosion de joie et d’émotion lorsque la montée nous a été confirmée. C’est un très beau souvenir car on avait travaillé très dur pour y arriver. Le retour à Rennes avec tous ces gens, ce sont des choses qu’on n’oublie pas. J’avais eu des propositions pour partir du Stade Rennais mais j’étais resté pour devenir champion. Je me sentais très bien à Rennes et je voulais conclure cela avec le championnat.

Tu as passé trois saisons à Rennes de 1987 à 1990 avec un seul entraîneur Raymond Kéruzoré. Quelques mots sur ce coach et les autres membres de l’équipe ? As-tu gardé des contacts avec certains de tes ex-coéquipiers ?

J’avais un énorme respect pour Raymond Kéruzoré. C’était quelqu’un que j’aimais bien. Avec les autres joueurs c’était aussi magnifique. Je n’avais pas connu ça en Hollande. On allait manger ensemble après les matchs tous ensemble Je m’entendais très bien avec Laurent Delamontagne, sur et en dehors du terrain, avec Jean-Christophe Cano, Bob Senoussi, Serge Le Dizet, Pierrick Hiard qui est un super mec et je suis content d’ailleurs qu’il soit toujours au club (NDLR : il a pris sa retraite en mai 2016). C’était très important pour moi de me sentir bien avec mes coéquipiers. On passait beaucoup de temps ensemble. Dernièrement j’ai quelques ex-coéquipiers avec lesquels j’ai renoué contacté via Facebook.

Au cours de tes 3 saisons au SRFC, tu joues 95 matchs pour 55 buts. Tu es le neuvième buteur de l’histoire du Stade Rennais depuis sa création en 1901 (à égalité avec Serge Lenoir). Qu’est-ce qui t’a permis d’être aussi prolifique ? Pour ceux qui ne t’ont pas vu évoluer, pourrais-tu décrire tes principales caractéristiques de buteur et des principales qualités ?

Je crois que c’est surtout grâce aux autres joueurs que j’ai marqué tous ces buts. Evidemment, il faut avoir certaine qualité de buteur, il faut être né avec mais je n’aurai jamais pu marquer autant de buts sans les autres joueurs comme Laurent Delamontagne par exemple. Grâce à ses qualités de dribbleurs, il m’a fait marquer beaucoup de buts. On n’avait pas besoin de se regarder, il savait où j’allais me placer. On avait une belle équipe technique. J’étais attaquant de pointe, un vrai numéro 9. Je marquais beaucoup dans la surface juste devant le but. J’avais un bon jeu de tête, car j’étais un petit peu plus grand que les autres joueurs. Je savais bien me placer pour marquer mais pour cela il fallait des joueurs donnant de bons ballons à partir des ailes. À Rennes, on avait la chance d’avoir ce genre de joueurs et c’est ça qui m’a permis de faire ce que j’ai pu faire.

Parmi tes partenaires de l'époque, lesquels t'ont le plus impressionné ?

C’est une question difficile car les gens peuvent impressionner pour différentes raisons. J’ai toujours trouvé que Pierrick Hiard était un mec super bien. Il était tellement naturel, tellement passionné que c’est impressionnant d’une certaine façon. Pour d’autres raisons, il y a Bob Senoussi. Je connais son histoire et il est resté à Rennes pendant deux ou trois saisons. Arrivé à Nice tout jeune en provenance du Tchad, il a eu une jeunesse très difficile. J’ai beaucoup de respect pour lui et pour ce qu’il est devenu. Ça va bien au-delà du football.

As-tu une anecdote sur ta période Rennaise que tu peux partager avec ROUGE Mémoire ?

Il y en a tellement parce que pour moi c’est une période très intense où j’ai vécu des choses extraordinaires. J’avais quitté mon pays et donc la vie était différente en France. J’étais tout jeune, j’avais 23 ans. Tout m'impressionnait autour de moi. Un truc rigolo à dire est que quand je suis arrivé à Rennes lors du tournoi à Casablanca. On participait à ce tournoi officiel et au bout d’un certain nombre de matchs, l’entraîneur, Raymond Kéruzoré est rentré sur le terrain pour jouer avec nous. Il jouait encore bien, c’était un bon meneur de jeu. Je me rappelle que j’ai même marqué un but grâce à lui car il donnait encore de bons ballons. C’était un début qui m’a surpris mais positivement.

Tu étais et tu restes encore très apprécié à Rennes ? As-tu une explication alors que tu as joué à Rennes il y a plus de vingt-cinq ans ?

C’est vrai et ça me fait vraiment chaud au cœur. Je regarde régulièrement les différents forums autour du club, la page Facebook de ROUGE Mémoire et deux ou trois autres pages. Moi-même je suis surpris mais je crois que c’était un peu magique. Je ne suis pas français mais j’ai toujours essayé de m’adapter le plus rapidement possible, de parler la langue. Je crois que pour les gens c’est très important. En plus d’être footballeur, j’ai essayé d’être aussi présent quand on me le demandait que ce soit dans les clubs amateurs de la région ou même dans mon petit village où j’habitais à Montgermont. Après tous les entraînements par exemple, j’allais boire mon petit café et parler avec des gens du village. Je crois que ce lien, ce contact privilégié permet d’aller plus loin que le contact classique footballeur et supporter.

Pour être honnête et c’est peut-être bizarre à dire pour un étranger, mais je me sentais plus breton que certains bretons. J’ai tout de suite ressenti ce lien avec la Bretagne et je le ressens toujours aujourd’hui. Je n’étais pas là que pour gagner de l’argent. Je me sens chez moi en Bretagne et je crois que les gens l’ont aussi ressenti. À titre personnel, mon passage à Rennes a été magique. Et puis tous ces jeunes supporters qui avaient dix ans à cette époque ont désormais quarante ans et reparlent de ce temps-là. Je suis super fier de voir la réaction suite au coup d’envoi du match contre Nancy. Et j’apprécie ça énormément.

Depuis l’époque où tu évoluais au Stade Rennais les infrastructures du club ont énormément progressé. Peux-tu nous dire un mot sur les conditions d’entraînement et de match de l’époque ?

Beaucoup de choses ont évolué mais je trouve que les infrastructures étaient assez bonnes à Rennes. Il y avait de bons terrains d’entraînements. On partait au vert un jour avant le match pour bien se préparer. Nous avions tout ce dont nous avions besoin. Le suivi médical était aussi performant. J’avais quand même connu un grand club comme le PSV Eindhoven avec un beau stade mais je dois dire que c’était très bien à Rennes. Le stade n’était pas très grand mais c’est justement ça qui facilitait le contact avec le public notamment entre le vestiaire et le terrain. Je crois que la différence principale avec aujourd’hui, c’est que c’est plus scientifique. La différence négative avec aujourd’hui est la distance que je ressens entre les joueurs et les supporters et je crois que là, il y a du travail à faire. Le côté football est à optimiser le plus possible mais la relation avec le public aussi. La chaleur et l’échange avec le public ça peut donner des ailes. Je le sais personnellement et peut-être parfois cela a été un tout petit peu oublié.

Suis-tu particulièrement les résultats du Stade Rennais aujourd'hui et as-tu un souvenir particulier depuis 1994, année de remontée du club en Ligue 1 ?

Ça fait quelques années maintenant que j’ai recommencé à suivre plus régulièrement le Stade Rennais. Bien sûr, je suis les résultats mais aussi désormais tout le vécu autour des matchs : comment les supporters ressentent la saison qui passe, leurs remarques, leurs critiques parfois exagérées mais aussi parfois compréhensibles. C’est un côté qui me tient à cœur. Le Stade Rennais n’est pas un simple club en Bretagne. Quand tu es joueur du Stade Rennais, tu dois comprendre que tu défends la Bretagne et tu défends les Bretons. Il faut bien ressentir cette situation qui est magnifique et qui n’est pas pareil partout. Je n’ai pas connu ça ailleurs. Ceci aussi m’a aussi fait forte impression.

As-tu eu l’opportunité d’assister à des matchs du Stade Rennais depuis ton départ ?

Non. Je suis revenu en Bretagne régulièrement pour mes vacances parce que je me sens chez moi en Bretagne mais je n’ai jamais vu un match depuis.

Depuis ton passage au club, beaucoup de bons, voire très bons buteurs ont évolué au Stade Rennais. Quel sont ceux que tu as particulièrement apprécié ?

Tout de suite après mon départ, il y a eu François Omam-Biyik qui est arrivé et qui avait fait une belle Coupe du Monde en Italie. C’était un très bon joueur avec des qualités spécifiques. Ça m’aurait fait plaisir de me retrouver avec lui sur un terrain. Marco Grassi avait quelque chose de plus aussi en dehors du terrain en plus de son sens du but. À part eux, c’est difficile pour moi d’avoir un avis car je ne connais pas personnellement les autres buteurs passés par Rennes. Mais pour moi, un bon buteur, une vraie vedette, ce n’est pas que le jeu sur le terrain, c’est aussi ce qu’il est en dehors du football.

Quels sont vos espoirs et souhaits pour le club ?

Quand je jouais à Rennes, c’était la période des montées et des descentes entre la D1 et la D2. Heureusement depuis pas mal d’années, le Stade Rennais se porte bien avec parfois de belles surprises. Bien sûr ça serait bien de pouvoir continuer et d’arriver de plus en plus haut. Mais ce que j’espère surtout c’est que le club respecte ses liens avec la Bretagne. Ça peut donner des ailes au club. Et je pense que ça devrait être expliqué aux joueurs actuels et futurs. Dans le football moderne, il y a beaucoup de joueurs de passage qui restent une saison et qui partent même si la préparation est faite. Le club devrait insister davantage auprès des joueurs pour qu’ils aient davantage de relations avec les supporters. C’est tellement beau pour tout le monde y compris pour eux-mêmes de favoriser cette relation car c’est ça la magie du Stade Rennais. Je crois que c’est surtout ça mon souhait.

Que deviens-tu aujourd’hui ?

J’ai mon propre business avec ma compagne dans le monde de la beauté. On distribue certains produits de beauté Wellness au Benelux et on réfléchit à développer notre activité à l’international et pourquoi pas en Bretagne ce qui me permettrait de revenir de plus en plus souvent. J’ai toujours eu l’idée de revenir un jour en Bretagne mais à l’époque mes deux filles étaient trop petites. J’ai donc des activités dans la beauté mais je fais aussi du coaching, activité que j’apprécie beaucoup car il y a souvent beaucoup de contact avec les autres. Le contact avec les personnes c’est très important pour moi, c’est ce que j’ai toujours fait dans ma vie.