Entrevue René CÉDOLIN

René Cédolin a joué 367 matchs sous le maillot rennais, remporté les Coupes de France 1965 (en ne participant pas à la seconde finale) et 1971, puis été entraîneur du club de 1972 à 1975. Ancien défenseur latéral puis central, il a même joué gardien de but sans encaisser le moindre but. Pour ROUGE Mémoire, René Cédolin a accepté de revenir sur sa riche carrière.



"Je me considère comme un miraculé."

Pouvez-vous nous expliquer votre parcours de footballeur avant de signer au Stade Rennais en 1959 ?

Je jouais à Douvres-la-Délivrande, un petit village à côté de Caen. Un nouveau gendarme breton qui venait d’arriver est venu au match et m’a vu jouer. Il a alors contacté le Stade Rennais en leur conseillant de venir me voir, ce qu’ils ont fait. J’ai alors participé à un tournoi de sixte avec les professionnels du Stade Rennais à Lanhélin à côté de Dol-de-Bretagne. Je côtoyais des joueurs pros comme Pinat, Poulain, Gaulon, Dombeck, Paugam, "Petit" Cueff. J’avais 16 ans à ce moment-là, j’étais un peu intimidé. Finalement, avant de rejoindre le Stade Rennais, j’ai passé deux saisons à Caen en CFA.

Que représentait pour vous le fait de jouer au SRUC ?

J’étais étonné qu’on vienne me chercher pour jouer en professionnel. Moi ce que je voulais, c’était faire du foot comme j’en faisais dans mon village, mais pas forcément devenir une vedette. Dans mon village, ça m’arrivait de faire un match avec la réserve le matin et un match complet avec l’équipe première l’après-midi. Je n’étais pas du tout obnubilé pour jouer en professionnel.

Quel souvenir gardez-vous de votre premier match contre Reims le 16 septembre 1959 ?

On avait perdu 2-1. Je crois que je jouais arrière gauche. J’étais au marquage de Lamartine qui est venu jouer à Rennes un peu après.

Durant vos 4 premières saisons professionnelles, vous avez du mal à vous imposer ?

Au départ j’ai payé ma jeunesse en passant de deux entraînements par semaine à deux entraînements par jour. Mais ce n’est pas pour cela que j’ai peu joué. J’ai été opéré de l’appendicite en octobre 1959 ce qui m’a fait perdre un mois. Puis, j’ai débuté mon service militaire à partir du 1er mai 1960. J’ai dû m’engager par devancement d’appel comme on appelait ça à l’époque pour aller au Bataillon de Joinville. A cette époque-là, on partait directement en Algérie. Normalement cela durait quatre mois. Mais nous les footeux, nous n’étions pas bien vus et nous devions faire six mois là-bas.


Le jeune René Cédolin en tout début de carrière au début des années 60.

Un ou deux mois après être revenu au bataillon, j’ai fait une occlusion intestinale. J’ai arrêté mon service militaire pendant un mois, puis j’ai fait deux mois de repos chez mes parents. Je suis ensuite reparti au service militaire. Mais je n’étais plus au Bataillon de Joinville car d’après eux, je ne pouvais plus être footballeur professionnel. J’ai donc été muté à Rennes. Puis en décembre 1961, j’ai été renvoyé en Algérie jusqu’en Juillet 1962. Faire son service militaire en deux fois m’a bouffé pratiquement deux ans et comme j’en ai passé une partie en Algérie, je ne pouvais pas jouer.

Quand je suis revenu à partir de Juillet 1962, j’ai commencé à m’entraîner avec les professionnels. Mais au mois d’Octobre 1962, j’ai refait une seconde occlusion intestinale suivie au bout de trois jours d’une éventration puis j’ai refait une troisième occlusion intestinale.

Je me considère et ceux qui m’ont connu à ce moment-là me considèrent comme un miraculé. A l’hôpital, le curé est même venu pour me proposer l’extrême-onction. Je suis encore resté deux mois à l’hôpital puis deux mois encore en maison de repos. J’ai effectivement très peu joué durant les saisons 1959/1960, 1960/1961, 1961/1962 et 1962/1963, mais il y a une explication que je n’avais jamais partagée jusqu’à maintenant. Beaucoup de personnes sont restées sur le fait que j’ai fait une carrière et donc ils ne supposent pas que j’ai pu être aussi gravement malade.

Durant votre carrière de joueur, quels joueurs vous ont semblés supérieurs ? Tout d'abord un gardien ?

Le plus complet, c’était Marcel Aubour. Il était toujours d’une grande décontraction, c’était un méridional. C’était un bon gardien mais ce qu’il avait de plus sur les autres, c’est qu’il nous parlait tout le temps pour nous replacer. De temps à autre, on était obligé de lui dire : "Marcel, ça suffit" ! En plus d’être un bon gardien, c’était un super patron de défense.

Un défenseur ?

C’était Louis Cardiet, un arrière latéral qui ne taclait jamais. Il défendait debout, il n’était jamais battu et pouvait toujours revenir. Il était très rapide et avait un foncier énorme. C’est normal qu’il ait été sélectionné en équipe de France.

Un milieu ?

André Ascensio : le joueur comme l’homme était excellent. C’était un métronome sur le terrain. Il ne se fâchait jamais. Il te disait ce que tu devais faire mais sans méchanceté. Si j’avais été entraîneur, j’aurais bâti une équipe autour de lui.

Un attaquant ?

C’est plus difficile. Comme buteur, il y a Rodighiero et autrement comme autre centre-avant il y a Yvon Goujon qui était la classe à l’état pur. Il jouait au foot pour jouer au foot, mais le résultat ne l’intéressait pas tellement. En dernier attaquant, je citerais Sylvester Takac. C’était un autre genre : très technique, très courageux, très combatif, très loyal vis-à-vis de ses copains. C’était un type extraordinaire.

Un entraîneur ?

Je n’ai eu que des internationaux comme entraîneurs. À Caen, j’ai eu Henri Grillon qui m’a fait débuter en CFA. Henri Guérin était un homme qui basait tout sur le physique et savait placer ses joueurs là où ils avaient le meilleur rendement. Antoine Cuissard, c’était l’homme super doué. Comme joueur, c’était la classe à l’état pur. Son petit défaut, c’était qu’il n’arrivait pas à comprendre qu’on ne pouvait pas être aussi bon que lui. On voulait tous lui ressembler comme joueur.

Jean Prouff a eu les résultats. Il laissait beaucoup de liberté aux joueurs. Quand il avait des joueurs comme Yves Boutet, Marcel Loncle, ou moi qui étions capables de faire le tri et de prendre des initiatives sur le terrain, ça allait. Mais quand il tombait sur des gars qui faisaient ce qu’ils voulaient, c’était plus difficile. C’était ce qui lui était reproché.


Le jeudi 27 mai 1965 : bien que n'ayant pas participé à la seconde finale contre Sedan, René Cédolin fête la victoire avec ses coéquipiers dans les vestiaires.

Durant vos 13 saisons de joueur au SRUC, quel match vous a le plus marqué positivement ? Négativement ?

Un match contre Sedan où on était mené 0-3 (le mardi 4 novembre 1969). Les gens étaient debout dans la tribune à nous insulter. Le 3ème but était un but de Pierrot Garcia contre son camp. Les spectateurs avaient été tellement odieux, qu’en 2ème mi-temps, on s’est battu pour Pierre Garcia et on est revenu à (3-3).

Il y a aussi le match contre Monaco en 1964. Les 2 équipes jouaient la ligne stricte à 10 mètres de la ligne médiane. Les spectateurs à la mi-temps étaient fous car il n’y avait pas eu de match et énormément de hors-jeu. A la mi-temps, on avait discuté entre joueurs et on avait décidé de jouer la couverture mutuelle c’est-à-dire de jouer la ligne uniquement quand on ne pouvait pas faire autrement. En 2ème mi-temps, il y avait eu un match exceptionnel. Monaco avait une très grosse équipe. Nous avions quand même réussi à gagner (1-0).

"Un Rennais pouvait partir jouer pour Nice, pour Monaco ou pour Marseille. Mais pour Nantes, NON !"

Vous rappelez-vous avoir joué gardien de but ?

J’ai joué deux fois comme gardien de but. Une fois au Stade Français (2-2, le dimanche 20 août 1961) suite à la blessure au visage de Rouillé. Antoine Cuissard, l’entraîneur, était resté dans mon dos car il devait être inquiet. La seconde fois était un match à Rennes contre Sedan. J’étais rentré à la mi-temps car le gardien de but avait eu un problème.

C’est moi qui jouais dans les buts en remplacement du gardien car j’étais le plus jeune. J’étais désigné volontaire. Mais ça ne me gênait pas trop car j’avais déjà joué gardien de but. J’ai fait deux mi-temps et je n’ai jamais encaissé de but ! Les buts avaient été marqués avant que je rentre. Je dois faire partie des seuls gardiens en professionnel au Stade Rennais à avoir cette statistique.

A votre époque, quelle était la rivalité avec Nantes ?

C’était un derby comme cela ne peut plus se faire maintenant. A mon époque, je ne vois pas un Rennais aller jouer à Nantes même s’il était sollicité, ni l’inverse. Ce n’était pas possible, ça ne se faisait pas. Un Rennais pouvait partir jouer pour Nice, pour Monaco ou pour Marseille. Mais pour Nantes, NON !

A Nantes, le seul souvenir que j’ai est un match qu’on débute en étant en haut du classement comme eux (le samedi 25 mars 1972). Nous n’étions pas arrivés à nous échauffer sérieusement. Les dirigeants de Rennes étaient venus dans le vestiaire avec le cigare et n’arrêtaient pas de discuter en nous disant : "allez, aujourd’hui, on va les écraser..."

Au bout de 5 minutes de jeu, on perdait déjà (2-0), le match était plié et on a perdu (4-0). Je pense qu’on n'avait pas entamé le match comme il fallait. A Nantes, on savait qu’on devait être prêts dès le départ. En rentrant sur le terrain on devait déjà être dans la peau de notre adversaire.

Quels souvenirs gardez-vous de la saison 1964/1965 qui fut l’une des meilleures saisons du Stade Rennais ?

On avait conscience de faire une grande saison. On nous disait que ce n’était jamais arrivé de faire une saison comme ça. Je crois qu’on finit 4ème et c’était vraiment extraordinaire. Les gens nous disaient sans arrêt : "C’est bien les gars, cette année, vous mouillez le maillot !"

Nos bons résultats en championnat nous ont encouragé à aller chercher quelque chose d’autre. On savait qu’aller chercher le championnat serait difficile. Jusque-là, en Coupe de France, on pensait toujours que si on se faisait éliminer, on allait encore se faire engueuler. Mais cette saison-là, on y allait en se disant : "Et si on passait ! Et puis on verra bien". Et on a fait tous les matchs comme ça.

Le parcours en coupe de France 1965, pouvez-vous nous le raconter ?

J’ai joué tous les matchs sauf la seconde finale. Avant la demi-finale contre l’AS Saint-Etienne au Parc des Princes (vendredi 30 avril 1965), nous avions pris le train le vendredi matin. Les dirigeants et Jean Prouff nous avaient tous vu arriver tendus à la gare. Le vendredi soir, ils nous ont emmenés au théâtre voir une pièce hilarante "Boeing Boeing".

On est rentrés à l’hôtel détendus et on a tous bien dormi. Le lendemain matin, on a fait une petite balade, et on a parlé entre nous ce qui nous a permis de rentrer progressivement dans le match. L’adrénaline est montée doucement et nerveusement on est arrivé au top niveau au moment du match. Nous avons fait une première mi-temps absolument formidable et on a gagné magistralement (3-0). On avait fait des enchaînements de très grosses équipes. Tous ceux qui suivaient le club en parlent encore. Saint-Etienne avait pourtant la grosse équipe à ce moment-là avec Herbin, Mekloufi.


Le dimanche 23 mai 1965 : René Cédolin contre l'UA Sedan-Torcy lors du de la première finale de Coupe de France qui se terminera sur le score de (2-2) et qui sera rejoué quelques jours plus tard.

"J’ai pris seul la décision de ne pas jouer cette seconde finale."

Cette finale en deux matchs est rare. Quel souvenir gardez-vous de la première finale ?

On est passé complètement à côté de notre première mi-temps. On était tétanisé par l’enjeu. En seconde mi-temps, on réussit à avoir un sursaut qui fait qu’on réussit à égaliser à (2-2) et qu’il y a un deuxième match à faire.

Pourquoi ne jouez-vous pas la seconde finale ?

Avant chaque match, on nous demandait si on était en état de jouer parce qu’il n’y avait pas de remplaçant. J’acceptais de jouer que si j’étais à cent pour cent et avant ce match j’ai estimé que je n’étais pas à cent pour cent. J’avais un gros coup de fatigue. C’était lié au fait que quelques années auparavant, j’étais perdu pour le football. Nerveusement, je n’ai pas pu supporter d’avoir déjà joué une finale et d’avoir fait match nul.

J’en avais parlé avec le médecin du club qui m’avait dit que c’était à moi de prendre la décision. Et j’ai pris seul la décision de ne pas jouer cette seconde finale.

Quelques années plus tard, il y a eu un match de Coupe de France et il y avait le droit à un remplaçant. Il y avait un joueur qui était blessé qui a dit qu’il était apte à jouer. Au bout d’une minute pas plus, il a été obligé de sortir pour la même blessure. Les autres joueurs lui sont tombés dessus. Ça m’a conforté dans ma décision car je me suis dit que j’aurais pu faire la même connerie. Quand j’ai vu la réaction des joueurs, je me suis dit que j’avais été honnête vis-à-vis de l’équipe. J’ai donc suivi la finale du banc de touche.

Avez-vous été surpris par l’accueil des Rennais lors de votre retour victorieux ?

En 1965, nous les joueurs avions été surpris par l’ampleur. On était monté sur un camion. Les gens le suivaient en montant sur le toit des voitures. Il y a des voitures qui ont dû être abîmées. A la mairie, il y avait une foule immense. On ne s’attendait pas à ça car on était presque tous à ne pas avoir gagné de titres et c’était la première fois qu’on voyait un titre fêté comme ça à Rennes.


Le dimanche 30 mai 1965 : Scènes de liesses populaires dans les rues de Rennes après la victoire en Coupe de France 1965.

Vous jouez contre le Dukla Prague en Coupe d’Europe. Quel souvenir en gardez-vous ?

Là-bas en Tchécoslovaquie, cela avait été très difficile. Après le match, on n’avait pas pu redécoller à cause du brouillard. On repartait jouer à Strasbourg en championnat. Mon sac était égaré. À l’aéroport, nous avions fait un peu le souk car on avait faim puisqu’on attendait depuis des heures. Ils nous ont envoyé les mecs avec les casques et les fusils qui nous ont intimé l’ordre de nous taire. Le mec de l’ambassade qui nous accompagnait à l’aéroport nous avait dit qu’il ne devait plus y avoir aucun incident car sinon ça risquait de mal se terminer.

Au match retour, j’avais eu des mots avec Josef Masopust un joueur tchèque qui a eu le Ballon d’or en 1962. C’était un joueur très difficile à marquer.

Le parcours en Coupe de France 1971 passe par à Mantes la Ville en 8ème de finale ? Pouvez-vous nous raconter les deux matchs et notamment le match aller ?

On gagne le 1er match à Rennes (1-0) sur un pénalty bizarre. Sur un tir anodin, le gardien plonge et prend le ballon avec les mains. Il se retourne et se retrouve sur le dos. Il a dû avoir une crampe. Un joueur de champ arrive alors et lui prend le ballon avec ses mains, puis shoote en corner. L’arbitre siffle pénalty car il n’avait pas interrompu le jeu.

Au match retour, on fait (1-1) et je crois même qu’on était mené et que c’est Lukic qui égalise.

Quel souvenir gardez-vous de la demi-finale contre Marseille Route de Lorient ?

C’était la folie. On était mené. Le 1er but qu’on encaisse était de ma faute. On égalise et c’est André Guy qui marque le but du 2-1. Lors de la séance de tirs au but, Marcel Aubour avait fait le grand show. Il avait transporté les 25.000 ou 30.000 spectateurs.

Pouvez-vous nous raconter cette finale contre Lyon et le retour à Rennes ?

Une finale c’est quelque chose de spécial. Ce n’est pas forcément la meilleure équipe qui gagne mais celle qui joue le meilleur match. Ça laisse toujours un petit peu d’appréhension. Même si là il faut avouer qu’il y avait beaucoup d’expérience : Marcel Aubour avait 31 ans comme André Guy et moi ; Vélimir Naumovic avait 36 ans. Dans les plus jeunes, il y avait Robert Rico (26 ans) et Raymond Kéruzoré qui était le gamin.

Lors de ce match, on a su maîtriser le jeu car Lyon avait une bonne équipe. Il fallait gérer Di Nallo, Chiesa. L’accueil à Rennes avait aussi été excellent mais moins marquant qu’en 1965 car en 1965 c’était tellement inespéré. La seconde fois on s’y attendait.

Pourquoi avez-vous arrêté votre carrière aussi tôt à 32 ans ?

Les dirigeants et l’entraîneur ont pris la décision pour moi d’arrêter ma carrière. Lors d’un match, j’ai contré le ballon de la figure et je suis sorti sur une civière. Ils m’ont dit que je ne rejouerai plus en professionnel. J’avais 32 ans et à cette époque-là c’était vieux. Si c’était aujourd’hui, je ne sais pas si j’aurais arrêté ma carrière de joueur pour devenir entraineur.

En fin de carrière, vous étiez déjà en charge de l’entraînement physique ?

J’avais déjà en charge l’entraînement physique. J’emmenais les gars courir. Que je fasse des entraînements physiques poussés ne plaisait pas trop. J’entendais des petites remarques : "mais il se prend pour qui ?". J’attendais que ça se calme et je leur disais que je ne me prenais pour personne.

A l’époque, on avait de bonnes équipes au Stade Rennais, mais on n’allait jamais jusqu’au bout. Je me suis alors renseigné sur la somme de travail qui était réalisée à Nantes et à Saint-Etienne qui étaient des équipes au top niveau. On était très loin derrière. Il fallait faire un peu de physique.


Le samedi 20 août 1961: René Cédolin quelques minutes avant de remplacer Jacques Rouillé, blessé, dans les buts Rennais.

Quelques années auparavant, les dirigeants avaient déjà demandé à Jean Prouff d’accepter pour la séance de Mercredi un entraînement physique. On était alors allé du côté de Ploërmel faire du physique avec un athlète qui s’appelait Forestier. Il avait été champion de France du saut en longueur. Il avait 55 ans et, quel que soit le temps il avait son petit short et son petit maillot d’athlète. Après un mois de reprise en main physique, nous avions refait des productions à la hauteur. Jean Prouff continuait évidemment à faire l’équipe mais si j’avais un doute sur un joueur, je lui disais.

Comment se passent vos 2 saisons et demi en tant qu’entraîneur de Rennes ?

Je deviens entraîneur lors de la saison 1972/1973 car Jean Prouff est alors nommé Manager. Il était chargé de remettre les effectifs à flot. En 1972 sur les 21 joueurs, j’avais sept joueurs qui arrivaient, sept joueurs qui partaient et sept joueurs qui restaient. Il fallait faire monter les jeunes pour les former. On avait des jeunes, comme Kéruzoré, Arribart, Séradin, Philippe, Hiard. Tous ces gens-là, il fallait leur faire une place.

"Un beau jour le Président Lemoux m’a dit : "vous n’êtes plus l’entraîneur."

Pourquoi quittez-vous votre poste d’entraîneur en début d’année 1975 ?

J’ai été licencié. Ça a duré une minute. Un beau jour le Président Lemoux m’a dit : "vous n’êtes plus l’entraîneur". Avec moi, le Stade Rennais tournait à plus d’un point par match ce qui faisait qu’on était sûr de se maintenir. Après mon licenciement, il restait 9 matchs de championnat et 2 matchs de Coupe de France. Le Stade Rennais a été éliminé de la Coupe de France et sur les 9 matchs, il y a eu quatre matchs nuls et cinq défaites. Et le Stade Rennais est descendu en Division au terme de la saison...

Qu’avez-vous fait par la suite jusqu’à la retraite ?

En 1975, j’ai attendu la fin de la procédure de licenciement et je suis devenu l’entraîneur de Troyes où je suis resté trois ans. Puis je suis venu à Guingamp pendant trois ans où je fais de belles saisons. (7ème, 5ème et 2ème ex-aequo à égalité avec Rennes (grâce au goal-average Rennes a fait les barrages.) Puis j’ai fait Angers où j’ai été licencié économique au bout de 6 mois. En 1982, j’ai pris la responsabilité du centre de formation de Sochaux pendant 10 ans, puis celui d’Alès (trois ans, puis Niort pendant cinq ans). J’ai fini conseiller du Président du Havre, Mr Louvel, pendant trois ans. J’ai arrêté en 2003.

Comment expliquez-vous votre longévité avec 367 matchs joués avec le Stade Rennais ?

Je n’ai jamais demandé à partir même si je sais qu’il y a eu des bruits, notamment une année avec Reims et une autre avec Monaco. Monaco souhaitait faire une défense centrale Artelesa-Cédolin car ils pensaient que c’était la future charnière centrale de l’équipe de France. Ils ont fait marche arrière car je pense qu’ils se sont rendu compte que le salaire d’Artelesa n’était pas le même que le mien. L’explication vient aussi du fait qu’à l’époque le joueur était lié au club à vie.

Avez-vous une anecdote ou des anecdotes sur votre période Rennaise que vous pouvez partager ?

Après un match amical contre Benfica (le mercredi 11 novembre 1970), Jean Prouff vient me voir à la fin d’un match. J’avais contré Eusébio qui était en position de tir. Il me dit : "Vous avez taclé Eusébio !" Je lui réponds oui naturellement. Il renchérit en me disant : "Mais c’était Eusébio !". Ça m’a fait plaisir car il était entraîneur et il avait été joueur aussi.

Un autre concerne un match amical en Allemagne contre Brême. On venait de faire un match amical aux Canaries. On était cuit, donc on décide de jouer la ligne stricte. Mais au bout de 10 minutes de jeu, on perd déjà 4-0. Il y a un officiel du match qui est allé dire aux arbitres qu’il y avait des hors-jeu très nets sur tous les buts qu’ils avaient acceptés. Finalement on a perdu 8-0 et on s’est fait insulter comme si on avait encaissé des buts volontairement. Les quatre premiers buts, on mettait les gars hors-jeu. Les gars recevaient le ballon seuls. L’arbitre faisait signe de jouer et donc ils allaient fusiller le gardien.

Vous avez été le joueur d’un seul club. Avez-vous l'impression que de n'avoir joué qu'à Rennes a été préjudiciable à votre carrière sportive ?

Je ne sais pas. J’ai joué en Equipe de France B où on avait gagné en Autriche. Le lendemain dans L’Equipe les gros titres disaient : Blanchet/Cédolin bons pour les A. J’ai été le seul à ne jamais être convoqué. Je me suis toujours demandé si le fait d’avoir été renvoyé du Bataillon de Joinville a joué en ma défaveur.

Il y a toujours eu des choses bizarres. En 1965, on a joué un match contre les anciens de Suède. Dans un premier temps, toute l’équipe du Stade Rennais devait jouer. Puis ce fut, toute l’équipe du Stade Rennais sauf Cédolin. Ensuite, on a entendu que ça ne pouvait pas être toute l’équipe mais seulement 4 ou 5 avec moi dedans. C’était arrivé à un point où j’ai dit que si c’était moi qui gênais, je resterais chez moi mais que je ne voulais pas être suspendu car j’étais salarié du Stade Rennais et que je ne voulais pas avoir d’histoire pour des sujets qui ne concernaient pas le Stade Rennais. Finalement j’ai joué ce match.

Suivez-vous particulièrement les résultats du Stade Rennais aujourd'hui ?

Oui je suis le Stade Rennais et les autres clubs où j’ai été entraîneur. Mais au Stade Rennais, j’ai été joueur et entraîneur et finalement c’est en étant joueur qu’on fait sa carrière. En étant entraîneur, on n’est que sur le banc. Un joueur est bon ou pas bon en étant là sur le terrain. Quand on me demande si je pense que j’étais un bon joueur, je réponds que oui, car j’ai fait dix ans dans le même club devant le même public.


Le samedi 22 juillet 2017 : René Cédolin chez lui à Béziers lors de notre entrevue.


L'envers du décor

C’est à Béziers dans l’Hérault, ville où il s’est installé en fin de carrière pour profiter de sa retraite que René Cédolin m’a reçu pour cette longue entrevue le samedi 22 juillet 2017. Je tiens à le remercier sincèrement pour ce bon moment qui me permet de vous raconter une nouvelle belle page de la riche histoire du Stade Rennais.

Entrevue réalisée par @Mattcharp