Entrevue Louis CARDIET

Double vainqueur de la Coupe de France en 1965 et en 1971, dont la seconde en tant que capitaine du Stade Rennais, Louis Cardiet est un monument et une légende du club. Il a joué 327 matchs sous le maillot rennais ce qui en fait le quatrième joueur ayant disputé le plus de matchs toutes compétitions confondues depuis 1933. Pour ROUGE mémoire, il a accepté de revenir sur son parcours et nous a fait quelques révélations sur la Coupe de France 1971.



"Du Stade Rennais à l'équipe de France, tout s’est enchaîné très rapidement !"

Quel a été votre parcours de footballeur avant de signer au Stade Rennais UC en 1962 ?

C’était tout ce qu’il y a de plus simple car je n’ai pas fait d’école de football. J’habitais Lorient et j’allais jouer dans les champs avec des copains. Je n’ai jamais joué ni en minime, ni en pupille, ni en cadet. J’ai signé ma première licence en équipe junior au FC Lorient. Quasiment immédiatement j’ai joué en équipe première du FCL qui évoluait alors en DH. Ça a été très vite. Je jouais avec l’équipe junior uniquement quand il y avait des matchs de Coupe Gambardella. J’ai fait 2 demi-finales de Gambardella durant mes 2 années en Junior.

Comment s'est passée votre arrivée au SRUC ?

Un jour, François Pleyer, qui était dirigeant du Stade Rennais, est venu me voir à Lorient et m’a demandé de rejoindre Rennes. Je ne suivais pas du tout le football professionnel. Je travaillais à Lorient comme peintre en lettres. Je faisais les enseignes sur les vitrines, les camions. Les dirigeants Rennais sont d’abord venus voir mes parents. Mon père n’était pas trop favorable à ce que je devienne footballeur professionnel. Il ne savait pas trop où cela allait me mener alors que j’avais un bon boulot à Lorient et que je n’avais jamais joué au football avant, à part tard au FC Lorient.

Mon patron de l’époque, René Duval, était un fanatique de football. Quand il a appris que le club voulait m’avoir, c’était comme si c’était lui qui partait jouer en professionnel à Rennes. Il m’a dit que si ça ne se passait pas bien, il me reprendrait dans son entreprise à Lorient. C’est lui qui a convaincu mes parents de me laisser partir au Stade Rennais.

J’ai démarré pratiquement en équipe première. Je suis arrivé au Stade Rennais comme stagiaire avec Jean-Pierre Brucato. Un jour, Emile Grosshans qui était l’arrière droit titulaire avec l’équipe professionnelle s’est blessé. Antoine Cuissard, qui était entraîneur quand je suis arrivé à Rennes, m’a alors fait jouer en équipe première.

Contre le SCO Angers le 08 mars 1964 ?

Oui, c’était à Angers (Ndlr : Angers-SRUC : 2-4). J’avais un très grand joueur à marquer qui jouait sur l’aile : Michel Stievenard. Cuissard m’avait dit que ce n’était pas un petit joueur. Pour ce premier match en professionnel, ça a marché. J’ai démarré arrière droit mais le reste de ma carrière, j’ai joué la plupart du temps arrière gauche.

Très rapidement, vous intégrez l’équipe de France (6 sélections), était-ce une surprise pour vous ? Comment se sont passées ces 6 sélections ?

De mon premier match en professionnel au Stade Rennais à ma première sélection en équipe de France, tout s’est enchaîné très rapidement. J’ai eu ma première sélection en équipe de France en 1965 contre l’Argentine : c’était une surprise. Puis il y a eu la Yougoslavie, la Norvège, la Roumanie, le Luxembourg, et l’URSS. Je me rappelle, entre autres, avoir joué dans le vieux Parc des Princes contre l’URSS de Lev Yachine (Ndlr : gardien de l’équipe d’URSS). On avait perdu 4 buts à 2. Je m’en rappelle très bien car c’était la veille de mon mariage.


6 Juin 1965 : Première sélection de Louis Cardiet en équipe de France contre l’Argentine (0-0).

Y-a-t-il une explication à votre non-sélection pour la coupe du monde 1966 en Angleterre ?

C’était une grande déception. J’ai joué tous les matchs de présélections, pratiquement dans les meilleurs joueurs. Une heure avant l’annonce de la sélection, des journalistes m’ont annoncé que j’étais dans la sélection française pour la coupe du monde. Mais une heure après, j’en avais été retiré. C’est le sélectionneur Henri Guérin qui a voulu mettre une ossature Nantaise qui fonctionnait bien à cette époque-là. Il a sélectionné De Michele à ma place. Cette coupe du monde a été un fiasco. La France est tombée contre l’Angleterre et ça a été vite réglé. Je n’avais même pas suivi cette coupe du monde tellement ma non-sélection m’avait scié.

J’ai dit après à Henri Guérin que ce n’était plus la peine de me rappeler. En fin de compte, j’ai été rappelé en équipe de France quand Guérin n’était plus sélectionneur. Vu les différents sélectionneurs que j’ai eus par la suite et qui m’ont appelé, je pense que je devais valoir quelque chose quand même.

Durant votre carrière, quels joueurs ayant joué à vos côtés au Stade Rennais vous ont semblé supérieurs ? À commencer par un gardien de but ?

Jean-Claude D’Arménia était une sacrée montagne. Avec sa frappe lourde, il dégageait d’un but à l’autre. Il était obligé de freiner ses dégagements. Mais celui qui m’a marqué, c’est Marcel Aubour. Il était d’une décontraction incroyable. En plus, c’était un excellent gardien.

Un défenseur ?

Zygmunt Chlosta était calme. C’était un vrai technicien. Cela était rare en défense centrale. Il était capable de faire des râteaux dans les 18 mètres. A ce que je m’en souvienne, ça a toujours marché. Il impressionnait beaucoup.

Un milieu ?

Au milieu, nous avons eu de très bons joueurs : Naumovic, Kéruzoré. Mais celui qui je retiens c’est André Ascensio qui était très bon. Le nombre de ballons qu’il ratissait était incroyable. Pourtant, on ne parlait jamais de lui mais c’était un bosseur. Il accomplissait un boulot incroyable. On parlait beaucoup de Marcel Loncle qui jouait aussi au milieu de terrain et qui était spectaculaire mais c’était Ascensio qui grattait tous les ballons.

Un attaquant ?

Rodighiero, c’était le top du top à l’époque. Il était très bon de la tête. Il ne payait pas de mine mais il frappait des 2 pieds et il marquait. Il y a eu aussi André Guy qui était plus puissant. Ce n’était pas du tout le même jeu. Dès qu’il avait le ballon, il tirait de tous les côtés. Mais Rodighiero était plus complet.


Avril 1970 : Louis Cardiet au côté de Daniel Rodighiero (à gauche), de Robert Rico (au premier plan) et de Marcel Aubour (en arrière-plan).

De quoi vous souvenez-vous de vos années professionnelles ?

J’ai beaucoup de beaux souvenirs. J’ai adoré mes années professionnelles. J’adorais les matchs à enjeux, les matchs de coupe, tous les matchs qui sortaient de l’ordinaire même si en championnat, il y a eu aussi de grands moments.

Vous souvenez-vous de rencontres houleuses ?

Lors de la saison 1970/71, je me rappelle avoir reçu un coup de poing de Philippe Piat lors du match contre Sochaux (Ndlr : SRUC-FCSM :4-0). Je ne sais toujours pas pourquoi. Je devais sûrement l’agacer. C’est la seule fois. Autrement, j’ai toujours été bien avec tous les joueurs.

A l’époque, quels étaient les gros matchs de la saison ?

Les matchs contre l’Olympique de Marseille étaient toujours de gros matchs. Marseille avait toujours de grosses équipes. J’étais toujours au centre de l’attention car j’avais toujours Magnusson sur le dos. C’était un ailier qui faisait partie des top joueurs. Il n’aimait pas jouer contre moi non plus. Mais alors quel joueur ! Avec ses 2 pieds, il jouait au flipper avec le ballon. Il n’était pas très rapide mais il avait une technique qui sortait de l’ordinaire et abusait des contre-pieds. Il s’entendait merveilleusement bien avec les joueurs qu’il avait autour de lui comme Josip Skoblar. Il faisait tout le boulot et Skoblar marquait. Sur les 44 buts que Skoblar a marqués lors de la saison 1970/71, la moitié devait venir de Magnusson. La veille des matchs contre Marseille, je me disais « ah encore Magnusson » … Il m’a avoué plus tard qu’il se disait la même chose de son côté.

Quels autres ailiers vous ont impressionné ?

Bernard Blanchet à Nantes était un sacré ailier et c’était aussi un super copain. Au Stade Marcel Saupin à Nantes, on était toujours les 2 premiers à sortir des vestiaires 10 minutes après le coup de sifflet final. On prenait notre douche vite fait et on allait tout le temps prendre un pot tous les 2. Michel Margottin à Angers était aussi un très bon ailier tout comme André Fefeu de Saint-Etienne. C’était des vrais ailiers.

Maintenant ce sont les arrières qui sont ailiers. Jean-Claude Lavaud et moi avons un peu lancé ça à Rennes. On montait beaucoup. Ça a été le début. A l’époque, on parlait de Lavaud qui partait à l’abordage. Mais on revenait vite. Maintenant les ailiers qui montent ne reviennent plus. Ce sont d’autres joueurs qui prennent leur place.

"Cette saison 1964/1965 est encore aujourd’hui la meilleure saison du club."

Pour vous, quelle a été la meilleure saison où vous avez joué au Stade Rennais ?

On était souvent dans le milieu de tableau. Mais en 1964/65, on finit 4ème du Championnat de France avec la meilleure attaque du championnat avec 67 buts. En plus, on remporte la Coupe de France. Cette saison 1964/65 est encore aujourd’hui la meilleure saison du club.

Quel souvenir gardez-vous des oppositions contre le voisin Nantais ?

Nous n’avons pas souvent gagné à Nantes. Nous ne gagnions pas beaucoup à l’extérieur mais à domicile nous ne perdions pas. C’était l’avantage. A l’extérieur, nous avions du mal. Je n’ai pas vraiment de souvenirs de la victoire de 1964 là-bas. Nous avons tellement perdu dans leur stade. A domicile à Rennes, nous ne perdions pas. C’est pour cela que nous terminions souvent dans la première partie du classement.


27 Mai 1965 : Louis Cardiet, ici au côté de Jean-Claude Lavaud remporte sa première Coupe de France.

Quels souvenirs gardez-vous aujourd’hui des différentes épopées en Coupe de France 1965 et 1971 ?

En 1965, je me souviens que nous avions fait des bons matchs. Contre Saint-Etienne en demi-finale au Parc des Princes (Ndlr : SRUC-ASSE (3-0), nous avions fait un excellent match. Nous réussissions à sortir des matchs comme ça en Coupe. Nous étions beaucoup plus concentrés là-dessus.

Par contre en 1971, nous avons eu des matchs où nous avons eu chaud aux plumes. Quand nous avons joué Mantes-la-Ville, si un joueur de Mantes n’avait pas fait une énorme gaffe, nous n’aurions pas gagné la Coupe de France 1971. Un défenseur avait ramassé le ballon à la main dans la surface de réparation alors que l’arbitre n’avait pas arrêté le jeu. Nous gagnons ce match (1-0) sur ce pénalty et c’est grâce à cette victoire que nous remportons quelques mois plus tard la Coupe de France. Les joueurs de Mantes la Ville avaient fait le match de leur vie. C’est souvent comme cela avec les petits clubs. Le président était Alain Barrière qui était un bon copain et que j’ai revu souvent. Il m’appelait le « vieux Louis » alors qu’il est plus vieux que moi. Je suis souvent allé manger dans son établissement à Carnac.

Après cette confrontation contre Mantes-La-Ville, nous avions fait des bons matchs contre l’AS Monaco et l’Olympique de Marseille.

Etiez-vous confiants avant d’aborder les finales auxquelles vous avez participé ?

En 1965, ça n’a pas été évident de faire 2 finales de suite (Ndlr : la 1ère finale s’était soldée sur un match nul (2-2) et avait été rejouée 4 jours plus tard). Nous nous demandions à quelle sauce nous allions être mangés lors de la seconde. Mais nous avions quand même le moral y compris notre entraîneur Jean Prouff. Pour chambrer un peu, il nous avait dit que ce n’était pas plus mal de faire une seconde finale de Coupe de France, car ça ferait double prime. Avec des blagues comme ça, nous arrivions à garder le moral. Sur le second match, avec l’équipe que nous avions, nous y croyions.

En 1971, ça n’a pas été pareil contre Lyon. Nous étions partis plus confiants. Je ne sais pas pourquoi. J’avais moins peur pour la finale de 1971 que pour celle de 1965. C’est peut-être parce que j’en avais faite une avant.

Vous gagnez votre 2nde Coupe de France le jour de votre 28ème anniversaire. C’est forcément marquant ?

Je n’y pensais même pas. C’est vrai que j’ai eu 28 ans le 20 Juin 1971, le jour de la finale. C’est à l’hôtel que des bougies ont été amenées et que je m’en suis rappelé.


20 Juin 1971 : Louis Cardiet remporte sa seconde coupe de France le jour de ses 28 ans.

L’accueil des Rennais a-t-il été différent en 1965 et 1971 ?

En 1965, c’était du jamais vu. L’avenue Janvier était noire de monde, plus qu’en 1971 selon moi. En arrivant à la gare de Rennes, nous étions montés dans un camion de bière pour défiler dans les rues alors que nous n’étions même pas au courant. Nous arrivions de Strasbourg où nous avions gagné (Ndlr : victoire de Rennes (2-3)). Avant de jouer ce match, nous avions visité plusieurs caves de vin alsacien. Le midi, ça avait été choucroute et champagne ! Nous étions arrivés au stade en chantant. Même l’entraîneur de Strasbourg, Paul Frantz avait eu peur en nous voyant arriver et s’était demandé comment cela allait se passer. Je me rappelle que Jean-Claude Lavaud avait marqué sur corner direct en mettant le ballon directement dans la lucarne. Je ne sais pas comment il s’y était pris car il ne tirait jamais de corner. C’était le dernier match de la saison : nous le gagnons et nous finissons meilleure attaque.

Comment se sont passés les matchs de Coupe d’Europe qui ont suivi vos victoires en Coupe de France ?

À Pragues contre le Dukla, nous n’avions pas assez osé (Ndlr : Défaite 2-0). Nous avions une équipe pour passer ce tour. Même contre les Glasgow Rangers en 1971, nous avions été timides et timorés. En étant un peu plus culottés, nous aurions pu passer. Les 2 fois, nous avions les moyens de mieux faire.


15 Septembre 1971 (Stade Rennais-Glasgow Rangers (1-1) : L’échange traditionnel des fanions entre les 2 capitaines Louis Cardiet et John Greig.

En 1973, après 9 saisons à Rennes vous rejoignez le Paris SG, alors en D2. Comment s'est déroulée cette arrivée et pourquoi avoir choisi ce projet ?

À la fin de la saison 1972-73, je me suis dit que j’allais essayer de voir autre chose. J’avais été contacté par Monaco mais finalement j’ai signé au Paris SG qui voulait créer un grand club dans la capitale. J’y ai passé 3 ans. Après j’ai voulu arrêter. Ma femme avait repris la poissonnerie de ses parents à Lorient. En plus, un ex de chez Adidas avait monté une marque de vêtements de sport qui s’appelait Pony. Il voulait me prendre comme commercial pour la Bretagne. C’est là que je me suis dit que j’arrêtais tout et que je suis revenu à Lorient. J’y ai fait 3 ans. Puis j’ai rejoint ma femme à la poissonnerie avant d’en ouvrir une autre à Ploemeur.

Vous avez pourtant continué à jouer à l’US Berné en Division 3 (1976/1978) ?

À Berné, j’avais des copains qui m’ont entraîné dans cette aventure : Le Tallec et les frères Simon. De retour sur Lorient, j’allais de temps en temps voir les matchs là-bas. Jamais je n’avais pensé rejouer à Berné en D3 avec Jean Prouff, alors entraîneur. Je suis allé là-dedans pour rigoler mais en fin de compte, ce n’était pas non plus de la rigolade. J’y suis resté 2 ans. Nous avions une grosse équipe pour un village de 500 personnes : Christian Gourcuff, André Jégouzo dans les buts (l’ancien président de Lorient) … Nous faisions tous les déplacements en avion. Nous étions sponsorisés par Jaffredo, une entreprise de volailles.

Vous êtes toujours le quatrième joueur en nombre de matchs joués avec le Stade Rennais avec 327 matchs. Comment expliquez-vous cette longévité ?

Je ne le savais pas. Je me trouvais bien à Rennes. Je n’ai pas cherché à partir. Quand la saison était finie, nous partions en vacances, puis nous reprenions la saison sans s’occuper du reste. C’était comme ça à cette époque-là. Maintenant ça ne se passerait plus comme ça.


20 juin 1971 : Louis Cardiet lors de la finale de la coupe de France.

Est-ce un regret d’avoir si peu marqué (3 buts en 327 matchs avec le Stade Rennais) ?

Je ne pensais pas à marquer. Par contre, j’ai amené beaucoup de buts. Mais j’aurais pu en marquer beaucoup plus en étant encore davantage offensif mais ce n’était pas notre but à cette époque-là. J’étais plus concentré sur la défense que sur l’attaque. J’aimais bien aussi donner des bons ballons, notamment à Daniel Rodighiero à qui j’en ai beaucoup donné et à Marcel Loncle. J’aimais bien déborder pour centrer en retrait. Mais je me replaçais aussitôt. Surtout que j’étais physique : je pouvais aller devant à fond la caisse et revenir me replacer immédiatement en défense. Rarement, j’allais au charbon dans la surface de réparation.

Comment qualifieriez-vous le public du Stade de la Route de Lorient de votre époque ?

Dans tous les stades où j’ai joué, c’était l’un des publics les plus connaisseurs. Il était aussi très exigeant. Il était très bien quand on menait. Mais quand on jouait mal et qu’on gagnait quand même, ça grinçait. A Rennes, les spectateurs connaissent bien le ballon et aiment le beau jeu.

Comment occupiez-vous votre temps libre ?

J’occupais mon temps libre à peindre des tableaux, ce que je continue à faire encore aujourd’hui.


Mars 1972 : Louis Cardiet en plein exercice.

"En 1971, Ouest-France nous a volé la Coupe de France."

Avez-vous une anecdote ou des anecdotes sur votre période Rennaise que vous pouvez partager ?

En 1971, Ouest-France nous a volé la Coupe de France. On l’a retrouvée le lendemain. Le restaurant dans lequel nous dînions était gardé par deux policiers mais pourtant quelqu'un a réussi à quitter les lieux avec la Coupe de France. On recevait des coups de fils au fur et à mesure du trajet de la coupe sur la route menant de Rennes à Saint-Malo. La Coupe était passée par tel et tel bar. C'est un photographe de Ouest-France qui était parti avec la coupe : Paul Bilheux. Il l'avait mise dans une grande poubelle pour sortir du restaurant et était passé entre les deux policiers qui gardaient l'établissement. Il avait fait la java toute la nuit avec le trophée. Cette histoire n'a pas été médiatisée à l'époque car comme capitaine j'étais le responsable de cette coupe.

Je l’ai récupérée le lendemain mais elle était esquintée au niveau du couvercle. Apparemment, elle avait été posée sur une étagère dans une boîte de nuit d’où elle en était tombée. Le couvercle était tout tordu. Il fallait faire vite car deux jours plus tard nous avions une réception avec tout le gratin de Rennes. Je l’ai donc fait remettre en état. Elle était en argent massif. Je suis allé voir un orfèvre rennais et lui ai demandé s’il pouvait la remettre en état très vite. Il a été très sympa et a réussi en travaillant toute la nuit. Au final, ça a été cadeau : il n’a rien pris. J’ai juste pris des photos avec lui et la coupe.

En 1971, la coupe venait d’être renouvelée. Aujourd’hui, c’est toujours cette coupe qui passe de main en main chaque année. Et c’est la même qui tourne toujours aujourd’hui. Elle venait d’être changée 2 ans auparavant. Quand je la vois maintenant, je me dis que si cette coupe pouvait parler, elle aurait beaucoup d’histoires à raconter. Moi, je l’ai gardée avec moi une semaine. Je la mettais dans ma chambre le soir.

Suivez-vous encore les résultats du Stade Rennais aujourd'hui ?

Je suis le Stade Rennais et le Paris SG. Quand il y a Rennes-Paris SG, je suis sauvé. S’il y en a un qui gagne, je suis content.

Avez-vous eu l’opportunité d’assister à des matchs du Stade Rennais depuis votre fin de carrière ?

Oui j’y vais régulièrement, je vais boire un verre au football bar. J’y suis connu comme le loup blanc. Quand je viens à Rennes, je signe encore une bonne dizaine d’autographes, même pour des enfants. Je vais là-bas quand les matchs sont le samedi soir. Je suis aussi reçu 3 ou 4 fois par an au Parc des Princes par le Paris SG.

Quels sont vos espoirs, souhaits pour le club ?

J’aimerai bien que le club revienne dans les 5 ou 6 premiers au classement et qu'il ramène un trophée.


2 Décembre 2017 : Louis Cardiet chez lui à Lorient pose avec ses deux répliques miniatures de la coupe de France.


L'envers du décor

C’est à Lorient dans un appartement tout simple à deux pas de l’ancienne base sous-marine de Keroman que Louis Cardiet m’a accordé cette belle entrevue au début du mois de Décembre 2017. Ce fut de nouveau une entrevue inoubliable avec une légende du club qui m’a confié des anecdotes jusque-là inconnues ou oubliées de la longue et passionnante histoire du Stade Rennais. Je tiens à le remercier sincèrement pour ce témoignage.

Entrevue réalisée par @Mattcharp